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Miracle ! Un premier film qui ne se contente jamais de copier ses aînés, et qui cherche même de nouvelles voies pour accomplir son but : faire trembler son spectateur, et pour cette fois pas seulement adolescent. Oui, il existe encore des jeunes cinéastes de genre qui ne se contentent pas d'ouvrir paresseusement le tiroir-caisse en accumulant les jump-scares en carton. Les références de ce Aster sont bien plus nobles, et vont chercher du côté du Polanski de Rosemary's Baby ou du Kubrick de Shining. Pas moins. Au départ, devant la situation de départ, on est en droit de douter qu'on aura droit à un aussi bon film : la patriarche de la famille Graham meurt, et cette mort va commencer à déclencher au sein de la famille, et particulièrement auprès de sa fille Annie, quelques dérèglements zarbis. Une folie d'abord douce, mais qui va, au gré des événements qui peu à peu envahissent la vie de la famille, déboucher sur de l'hystérie pure, à grands renforts de fantômes, de doppelganger, de paranormal et de satanisme. Rien de nouveau, on le voit, et on peut même dire que le scénario mange un peu à tous les râteliers, au point de devenir limite fourre-tout : on a du mal à voir où Aster veut en venir avec son histoire, où nos regards doivent se diriger pour avoir vraiment peur, et ce n'est pas le final, aussi grand-guignol que celui de Polanski, qui infirme la tendance. Le scénario est assez raté, quoi, à peine peut-on y lire une variation sur le Mal qui se transmet de mère en fille, mais ça ne va pas très loin.

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Là où le film trouve tout son talent, les amis, c'est dans la pure mise en scène, où on peut dire que le petit gars Aster excelle. Le gars n'est strictement jamais là où on l'attend, redéfinissant sans complexe toute la grammaire de l'horreur. D'abord parce que le film est très lent et assez long (2h10), et qu'il utilise ce temps pour faire monter très lentement la pression plutôt que de nous servir un numéro de grand-huit. Il n'y a dans Hérédité pratiquement aucune scène d'horreur pure, avec monstres ou apparitions dans les placards. A la place, des détails tout petits qui foutent bien les jetons (un claquement de langue, le physique décalé d'une fillette, une séance de spiritisme à la fois drôle et effrayante), une manière de distiller avec beaucoup de patience les motifs déviants. Le mal s'infiltre lentement dans cette famille, sans bruit, sans coups d'éclat, et si la mère est envoûtée, c'est bien plus par une dépression héritée de sa mère, puis d'un accident traumatique (que je ne dévoilerai pas), que par un démon grimaçant. En vrai démiurge manipulateur, Aster dirige son petit théâtre de marionnettes, envoyant sans pitié au casse-pipe l'intégralité de sa fatale smala. On peut lui reprocher cette hauteur, mais le fait est que ça fait son effet : le tout est comme enserré dans un dispositif de maisons de poupées (le personnage principal prépare une expo sur ce thème) dans lesquelles les personnages s'agitent façon rats de laboratoire. Voilà qui ramène au labyrinthe de Shining, et ce ne sera pas le seul parallèle dans cette histoire de mère qui pète les plombs jusqu'à la folie.

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Aster a compris qu'il n'y a pas de bon film d'horreur sans bon méchant, et il trouve dans son interprète principale le personnage idéal : à la fois grotesque et terrifiante, tour à tour perdue et complètement folle, Toni Collette instille de l'humour dans le personnage de son monstre, et accepte d'être parfois laide, parfois ridicule. Le film trouve l'image la plus terrifiante vue depuis bien longtemps, un truc qu'on croirait tout droit sorti d'un cauchemar d'enfant : une mère qui cherche à rentrer dans une pièce en se cognant la tête contre la porte, collée au plafond, en vitesse accélérée. Les autres acteurs sont à cette hauteur ; si Gabriel Byrne n'a pas grand chose à jouer dans le rôle du témoin-victime classique, les enfants sont assez géniaux, depuis cette petite défigurée (Milly Shapiro) jusqu'à ce grand ado hanté par la culpabilité et titillé par ses gênes (Alex Wolff). On finit par être convaincu que tout peut arriver dans ce quotidien banal en surface, que le diable se nourrit de détails, et que ce jeune cinéaste a tout compris des mécanismes de la peur. On lui souhaite en tout cas l'avenir brillant qu'il mérite.

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Ce brillant film est édité par Metropolitan Filmexport (en DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 15 octobre). Le site et la page Facebook de l'éditeur sont cliquables en cliquant.
Quant à Cinetrafic, qui nous permet de voir quelques films pas immondes, vous pouvez retrouver en cliquant sur les liens leur liste des films de 2018, ainsi que ce qu'ils nomment benoîtement le top de l'horreur 2018.