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Hathaway nous offre une jolie page de la glorieuse mais violente histoire de l'Amérique avec ce western sans action mais avec plein de solennité et de vastitude. Il s'agit de raconter par le menu l'exode, dans les années 1840, de la peuplade des Mormons, véritablement discriminée par les autochtones de tous les Etats qu'elle traverse, et finissant par trouver dans le désert hostile de Salt Lake, un point d'ancrage qui donnera ce qu'on sait. Sur les traces de l'austère Brigham Young, cette poignée de braves gens pacifistes font face vaille que vaille aux violences des cow-boys bas du front refusant cette lecture oblique de la Bible, à la météo guère avenante, aux Indiens, à la vénalité de certains, aux disputes internes, aux combats pour le pouvoir, à l'amour, et j'en passe et des pires. Mise à part la séquence d'ouverture, parfaite, brutale, qui voit ce groupe de gens lynché par une horde de "chasseurs de loups" et un procès d'intention lapidaire et injuste, on n'aura pas droit aux fusillades et autres duels habituels : très honnêtement, Hathaway montre la très lente reconnaissance des Mormons, n'usant qu'avec parcimonie d'un prosélytisme bon-enfant, sous la forme d'un très long voyage d'un convoi de chariots au travers du pays. Certes, on a bien ça et là quelques méchants (un type qui veut prendre le pouvoir et conduire son peuple en Californie pour y trouver de l'or, le sale capitaliste), quelques doutes (quand sa petite Linda Darnell meurt de faim, le sang du beau Tyrone Power ne fait qu'un tour, et il oublie ses convictions religieuses), des chutes de neige meurtrières et des balles perdues qui terminent dans le buffet de la gentille mamma. Mais l'ensemble est très lent, à peu près privé de tension (la rencontre avec les Indiens se résout en deux secondes par un traité de paix), et privilégie les longues conversations avec Young, l'ardue périple des chariots et le passage des saisons. Un film volontiers documentaire, donc, qui s'intéresse à l'histoire et aux faits, même carrément romancés et "galmourisés" par des acteurs hollywoodiens en diable.

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D'une façon à peine voilée, Hathaway parle, à travers le peuple mormon, du peuple juif qui a eu lui aussi droit à son exode vers la terre promise et à ses discriminations. Brigham Young est un véritable Messie, qui doute, qui ne sait jamais si Dieu lui envoie des signes ou s'il ne s'agit que d'illusions : depuis les révélations jusqu'aux brimades des pharisiens, depuis l'arrivée en terre promise jusqu'aux disputes internes, on peut voir le film comme une sorte de remake des 10 Commandements. Il est d'ailleurs trop sérieux, un peu trop solennel pour vraiment marquer, il n'y a aucun humour, et ses personnages sont des archétypes pas très passionnants (à l'exception de John Carradine, qui interprète une sorte de "soldat de l'amour" convaincant). Mais, malgré l'emphase, Hathaway réussit un western tout en dignités et en combats moraux, impressionnant dans sa réalisation, qui parvient à n'être jamais béni-oui-oui ou manichéen, à parler de religion simplement, en cadrant des grands paysages américains (la découverte de la terre promise est magnifique) et des petits personnages sans envergure. C'est lent mais très bien rythmé, bavard mais très bien écrit. Sans connaître bien la culture mormonne, on se dit que Hathaway a quand même occulté quelques faits un peu gênants (la polygamie est maquillée en effort démographique), mais on ne va pas demander à un film grand public de déclencher la polémique. Un bien beau film tout en noblesse de sentiments, bien bien bien.

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