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Réalisé avec une grande sobriété - on ne cherche pas le témoignage de "pleureurs" par excès - et une belle rigueur, le doc interroge de nombreux témoins des attentats du 13 novembre, au stade de France, en terrasse des cafés et surtout au Bataclan (notamment les personnes prises en otage par deux des terroristes). Pour toutes ces personnes qui ont dû faire face littéralement à la mort, il s'agit de revenir sur les diverses émotions qui les ont traversées le jour J... On reçoit forcément en pleine tronche ces témoignages pesés, réfléchis et encore emplis d'horreur. Il y a certes des paroles qui vous coupent en deux et vous arrachent des larmes (Bilal avouant, impuissant, qu'il n'avait su protéger son enfant, le patron de café qui découvre la mort de proches...), des paroles qui vous glacent les sangs (les otages du Bataclan croisant le regard vide des terroristes...) ou encore des propos qui, malgré tout, parviennent encore à vous faire sourire (la super jeune femme qui n'a jamais compris les types qui sortent en soirée en jogging et qui sent qu'elle va se faire assassiner bêtement par l'un de ces connards...). Ce qui prime, avant tout, c'est la tonne d'humanité qui ressort de ces témoignages, que ce soit dans les actes "lâches" (on s'entend vu les circonstances extrêmes) comme dans les actes "héroïques" : chacun tente de montrer la petite lueur d'humanité qui les a toujours animés alors qu'ils voyaient des corps tomber (pourquoi lui et pas moi), alors qu'ils voyaient leur derniers instants arrivés (l'ultime pensée grave ou futile), alors qu'ils tentaient de protéger un proche (en les recouvrant simplement de leur propre corps). Ce qui revient souvent dans ces témoignages c'est ce mot de "silence" : celui qui "tombait" sur eux comme une chape de plomb après la fin d'un chargeur (et le cliquetis effrayant pour recharger l’arme), celui qui suivait, dans le vide intersidéral et infernal de ce carnage inhumain, les cris des blessés, le râle des agonisants. Comment bien sûr ne pas évoquer toutes ces personnes qui, dans l'urgence, ont eu la présence d'esprit de faire un garrot, de parler à un inconnu en train de mourir, de rassurer par un regard un frère humain touché par les balles de ces jeunes cons décérébrés. Pas facile de se taper à la suite les trois épisodes, même si finalement, malgré l'enfer traversé par ces gens, il se dégage une force de vie incroyable, en l'amour de son prochain ou dans les petites joies de cette satanée vie. Poignant, lourd mais touchant : on peut garder foi en l'humanité en saluant le courage de toutes ces personnes qui ont su dignement "partager" ces instants terribles d'intimité arrachée.

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