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Une comédie ricaine de la fin des eighties, sur le base-ball, avec Kevin Costner et Tim Robbins...? Avouez qu'il y a de quoi, sur le papier, ne pas être forcément emballé et ce même si le film vient d'être adoubé par la collection Criterion... Eh bien, against all odds, je fus gentiment surpris par la chose. Roh pas la comédie de la décennie, mais reconnaissons que les dialogues sont pêchus, parfois drôles sans être ras-des-pâquerettes, que certaines scènes sont d'un érotisme bon enfant  (la Susan Sarandon se donne), et qu'il n’est finalement et bienheureusement que guère question de base-ball... Buddy movie (Costner et Robbins, le prof et le rookie, se haïssent mais s'entraident), comédie romantique douce-amère (Sarandon offre ses charmes pour la beauté (voire la véritable religion) du sport), honnête parcours initiatique (amoureux et sportif), Bull Durham est un sympathique divertissement qui traite le sexe de façon frontale (pour les Etats-Unis... mais le côté puritain ne s'est pas arrangé en 30 ans) et qui parvient, ô miracle insoutenable, à faire souvent sourire. Sarandon est le véritable poil à gratter de la chose, aussi sexy qu'habile de la langue : prof de lettre à ses heures perdues, elle aime à lire du Walt Whitman à ses amants après les avoir attachés au lit (double tension...) ou à sortir des théories relativement alambiquées (voire littéraires) sur le base-ball. Le grand benêt de Tim Robbins (qui fait très bien l'andouille avec son bras à un million de dollars et son cerveau à deux francs) et le gentillet et nonchalant Kevin Costner tentent de donner le change à cette véritable muse sportive... Alors bon, une fois qu'on a dit cela, on a un peu l'impression d'avoir tout dit mais il fallait au moins prendre la peine, pour une fois, de ne pas faire preuve de trop de facile condescendance face à une comédie ricaine...

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On suit donc un club de base-ball totalement catastrophique qui place tous ses espoirs dans la recrue Robbins ; l'autre a un bras de fer mais s'avère con comme un ballon (ou une balle) quand il s'agit de stratégie ou de précision (la mascotte immonde du club, un genre d'élan tout nase, va se manger plus d'une fois la balle dans la tronche) ; "l'expérimenté" Costner est là pour mettre le Tim techniquement sur le droit chemin (mais l'autre n'en fait qu'à sa guise) et l'expérimentée Sarandon est là pour le mettre sexuellement en confiance (un amant qui s'avère brouillon mais plein de bonne volonté). L'esprit des vestiaires, pas plus que la trajectoire des balles de Robbins, ne vole très haut, Costner fait preuve d'autant de fantaisie que moi lors d'un bal costumé (je n'affectionne que les soirées pyjama et j'en suis pas fier) et heureusement que la Susan, dont les réparties fusent, est là pour élever un peu le débat. On attend que la recrue perce, que Sarandon tombe enfin dans les bras de Costner, rien de bien surprenant dans le déroulé du scénar mais au passage quelques mignons petits gags et des dialogues moins pauvres que dans 95% des productions de ce genre. Un bon petit film du samedi soir vintage, moins douloureux à subir qu'une balle lancée à pleine vitesse dans les parties. Pas si mal ce Bull de Ron, pas si mal.

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