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Ouille, c'est vrai que Akin a la main un peu lourde et pas forcément très noble avec ce "revenge film" pas finaud, un peu crétin et pas mal flou. Des trois chapitres qui le composent, il n'y a guère que le deuxième qui mérite à la rigueur notre attention, et où le gars retrouve un peu de la rigueur qui a été la sienne dans le passé. 1er chapitre : Katja voit son mari et son fils périr dans un attentat raciste (le gars est kurde), événement filmé dans tous les détails les plus injouables (Katja face à la bombe, Katja face à la belle-famille traditionaliste, Katja et ses parents qui ne comprennent pas sa douleur, Katja et les flics...). 2ème chapitre : coupables arrêtés, on suit le procès chaotique. 3ème chapitre : coupables innocentés, Katja va organiser elle-même sa vengeance. Autrement dit, on marche sur des oeufs, tant il est facile de flatter les plus bas instincts du spectateur avec cette histoire de pauvre femme qui se trouve aux prises avec des méchants nazis, se heurte aux arcanes obscures de la loi et finit par se faire justice elle-même. Fatih Akin, qu'on a connu tout de même plus subtil, vous prend les oeufs en question et en fait une omelette hyper salée, et sucrée par-dessus le marché, et y ajoute du ketchup. Et de la mortadelle. La mesure n'est pas son souci, et il met les deux pieds dans le plat, tout fier de nous montrer que la justice de son pays ne punit pas les vrais coupables, que le nazisme c'est pas bien, et que Diane Kruger mérite un prix à Cannes (qu'elle a eu, d'ailleurs).

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Dès le départ, devant les grimaces concernées de l'actrice principale (qui, à sa décharge, n'a à endosser que des scènes injouables), on tique. Quand ces grimaces seront remplacées par celles des néo-nazis, on finit de se gratter la tête : on est là dans un manichéisme de dessin animé, les personnages "bons" (en gros résumés à Kruger) sont hyper-bons, les mauvais hyper-mauvais, et on est appelés à choisir notre camp sans aucune nuance. En désignant dès le départ les coupables comme coupables, Akin détruit toute trace de réflexion dans son film : les gusses ont tué, ils doivent payer, et s'ils ne payent pas c'est à nous de les faire payer. Je veux bien entendre que les origines du réalisateur le rendent particulièrement sensible aux thèses dégueulasses de ces racistes d'aujourd'hui ; mais la colère l'étouffe. Le film est bêtement premier degré ; remplacez Kruger par Charles Bronson, vous aurez au moins un film crétin qui s'assume comme tel. Mais Akin veut faire un film profond, et surcharge ses scènes en mélodrame larmoyant, porté par une Kruger caricaturale et lourdaude. Le film voudrait être tout : politique, mélodramatique, plein de suspense, mathématique comme du Haneke, social... si bien qu'il n'arrive à rien du tout. Seules les scènes du procès, assez rigoureuses (même si on est très loin des grands films de procès du passé) sont un peu plus intéressantes. Mais la première partie, trop dramatique, trop chargée, et surtout la dernière, qui cache sous des procédés hitchcockiens un assez tourbeux discours, gâchent ce chapitre un peu mieux tenu. Un film assez nul, quoi, tout simplement, et c'est bien dommage pour un cinéaste d'ordinaire pas inintéressant.

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