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Voilà déjà un moment qu'on n'attend plus de Van Sant qu'il révolutionne le cinéma contemporain, et on se contente de petits film modestes qu'il nous égrène de temps en temps. C'est le cas avec ce mignon Don't worry, He won't get far on foot, biopic poétique et zen d'un dessinateur satirique, John Callahan, alcoolique fini, tétraplégique et en plein tourment psychologique : bourré de névroses et de rancunes enfouies, son mental est un chaos, qu'il va remettre en ordre grâce à la rencontre d'un étrange gourou des Alcooliques Anonymes et de sa bande d'ex-bibineurs haute en couleurs. On croit pendant une bonne heure qu'on va être là dans la satire de ce petit-monde bien-pensant des AA, dans la critique des dogmes et dans le portrait d'un rebelle punk au milieu des oies blanches ; et on se retrouve au final face à un film délicieusement premier degré, très humain et humaniste : oui, le gourou est un vrai bon gars et va remettre John sur le droit chemin ; oui, il est possible que l'ingérable John fasse la pais avec lui-même et commence une vie saine loin de la bouteille et réconcilié avec son corps ; oui, l'amour est possible, et même le sexe, quand on est paralysé ; oui, une petite musique bénie oui-oui que ne renierait pas une masseuse tantrique peut être agréable à l'oreille et donner un film apaisé et relativement joli.

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On se souvient de la trilogie beckettienne de Van Sant, de ces films âpres, difficiles, radicaux, et on n'aurait alors pas parié qu'il finirait un jour par nous servir un film aussi naïf. Mais le fait est : le gars est désormais en paix avec le monde, aime les hommes avec leurs faiblesses et préfère la tendresse au cynisme. Comme en plus, il n'a rien perdu de ce qui en faisait techniquement un grand cinéaste, on regarde le film avec plaisir : la direction d'acteurs est remarquable, on ne cesse d'être ébahi par les nuances de jeu de Joaquim Phoenix, et les seconds rôles sont tous nickels : Jonah Hill est parfait en allumé rempli d'amour pour son prochain, Rooney Mara est craquante en innocente amoureuse, Jack Black apporte le contrepoint comique idéal, on est dans le velours. La musique impeccablement jazzy de Danny Elfman, la très belle lumière de Christopher Blauvelt, le montage parfait (mis à part cet effet assez moche de "split-screen enchâssé"), l'incursion récréative des dessins de Callahan dans la trame, tout ça est fort joli. Certes, on ressort pas vraiment chamboulé de la chose, et on aurait épluché un kilo de patates qu'on aurait été à peu près dans le même état. Mais Don't Worry est une petite chose lumineuse qui fait du bien par où elle passe, modeste et sans esbroufe, on ne s'en plaindra point.

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