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Jurassic Park, Trop Belle pour toi, Gremlins, vous me trouvez ici en pleine régression adolescente, ou plutôt, pour faire sérieux, en pleine période de vérification de la viabilité des films mythiques de ma jeunesse. Celui-là n'a franchement pas à rougir du poids des ans : Gremlins reste aujourd'hui le Divertissement Parfait, le genre de film-défouloir qui fait du bien par où il passe, même s'il passe plus par les zygomatiques que par le cerveau. Une entreprise bon enfant de démolition des motifs de l'enfance, ça ne peut pas être mauvais, et voilà ce à quoi Dante s'attelle en ces bonnes années 80. Lui qui vient des films d'horreur pour teenagers semblait être le plus mauvais choix pour réaliser un film de Noël pour enfants ; mais c'est là que le génie de Spielberg, à la production, rentre en jeu : Dante va être là pour saboter de l'intérieur le genre, pour amener la pollution nécessaire au sucre des "Disney productions", et pour casser les beaux joujous amenés par Santa Claus... tout en obéissant scrupuleusement au cahier des charges des films grand public, petites bêbêtes cromignonnes, héros positif, fin heureuse et magie de la neige qui tombe sur une petite société pavillonnaire idéale.

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Les 3 premiers quarts d'heure seront donc consacrés au monde merveilleux des Mogwaïs, leur trop mignonne bouille et leur petites émotions. Le héros, jeune puceau propre sur lui, recueille la marionnette chez lui, et c'est un concert de miaulements craquants et de guimauve dégoulinante. Le papa est trop rigolo avec ses inventions qui ne marchent pas, la plus grande catastrophe est constituée des dégats du jeune chien fou Barney (hihihihi) ; et même la méchante de service semble issue des films pour enfants, mégère bougonne et sadique qui torture le gentil chien (torturer un gentil chien, c'est le comble de la méchanceté dans les films pour enfants). Une histoire d'amour se prépare, Noël et ses cadeaux approche, la neige tombe doucement, tout respire le confort de la classe moyenne, on n'est pas loin du monde parfait. Même quand Billy enfreint une des règles principales et bibliques de l'élevage du Mogwaï ("Le mouiller ne feras pas"), les ersatz de créatures qui en résultent sont certes un poil plus turbulents, mais restent tout à fait craquants.

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Joe Dante va alors pendant l'heure qui reste retourner son film comme un gant, et nous en donner la version noire, genre où il est de toute évidence bien plus à l'aise et bien plus enthousiaste que pour le lisse des films pour enfants. "Le nourrir après minuit jamais n'oseras", le doudou fricotte avec les sauriens, et bim voilà nos Mogwaïs transformés en Gremlins, immondes créatures rachitiques et grenouillesques qui vont mettre la ville à feu et à sang. Le côté punk de Dante joue alors en plein, et tous les motifs de la magie de l'enfance sont passés à la moulinettes par les gremlins : ils ruinent un film de Disney en coâssant la chanson des 7 nains, ils fument, ils boivent, ils montrent leur zguègue (les créatures sont hyper sexuées alors même qu'elles sont dépourvues de bite), ils se foutent de la gueule de E.T., ils cassent la vaisselle, pendent le chien, ils assassinent le black de service, ils pulvérisent un magasin de jouets et terminent à la tronçonneuse. On sent qu'il en aurait fallu peu à Dante pour faire de son gentil scénario de base un film d'horreur grand crin, qu'il n'aurait pas fallu le pousser trop pour qu'il assassine son casting lisse et donne toute leur ampleur aux monstres proto-punk ; il s'arrête juste avant que ça dégénère trop, certes, mais il aura eu le temps quand même de cultiver une impolitesse qui fait plaisir dans un cinéma habituellement bien inoffensif. C'est très mal joué, c'est filmé sans invention, la fin est bien-pensante, oui ; mais on voit quand même là-dedans le film d'horreur pénétrer avec ricanements et tâches de bière dans le monde des blockbusters, et peu de gens l'avaient tenté à l'époque. Comme si les Black Blocs débarquaient dans le film de Noël, comme si Leatherface se retrouvait dans un Capra : un vrai plaisir.

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