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Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, KK accomplit un nouveau virage avec cette cuvée 2018, comme il en accomplit sans arrêt depuis qu'il a délaissé quelque peu les films de fantômes des années 90-2000. Cette fois, il aborde un genre qu'il n'avait jusqu'alors jamais abordé, le film de science-fiction, ou plutôt d'alien. Sur une histoire assez proche des Profanateurs de Sépulture, il raconte la lente invasion de la Terre par d'obscurs extra-terrestres dans le but d'éradiquer l'humanité, pas moins. Trois éclaireurs alien sont dépêchés sur notre bonne vieille planète, investissent les corps de braves humains, et, accompagnés de "guides" soigneusement choisis parmi une populace acquise à leur cause, apprennent les concepts abstraits de la race humaine : la liberté, la possession, la famille, l'amour. Quand ils auront bien tout appris, l'invasion commencera. Une trame donc futuriste et pessimiste, mais que Kurosawa traite avec un calme de chat abyssin, préférant aux pétarades et aux effets spéciaux la lente invasion sans affect de ces extra-terrestres à forme humaine. A part à de très rares exceptions (une scène pour le coup pétaradante de pilonnage du décor, et un final aux effets spéciaux kitchissimes), le ton est doux, tranquille, et souvent comique, nos aliens compensant leur inadaptation au monde par une volonté sans faille d'apprentissage.

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Le film opère ainsi de brusques variations de ton qui le rendent étrangement poétique et hybride : ça commence par un bain de sang, ça se poursuit par un fantastique étrange, ça se poursuit avec un gros gag, ça se continue avec un trait romantique, ça flirte avec le film d'action pour mieux revenir à un dispositif presque mathématique, bref, ça se joue des styles en vrai maître du jeu. Du coup, avouons-le, tout n'est pas réussi : l'humour est souvent un peu lourd, KK ne sait pas toujours où couper pour être juste drôle ce qu'il faut (la scène où le patron détruit ses maquettes, bouleversé par la perte de ses repères d'autorité). Le gars aime les chutes dans les cartons, les scènes où la violence est tellement simple qu'elle en devient comique (les aliens se défendent bien avec les mitraillettes), les gags visuels ; mais il aime aussi jouer sur l'étrangeté ridicule : quand les envahisseurs volent aux humains leurs concepts essentiels, ceux-ci s'écroulent puis se relèvent comme si de rien n'était, ayant simplement perdu le concept en question. D'où ridicule dans les comportements, ahaha. KK joue sur la sorte d'effroi qui naît de cette invasion et le calme infini de sa mise en scène, et trouve un ton très étrange qu'on ne lui connaissait pas. Le film rappelle ses petits trucs genre Suit yourself or Shoot yourself, par le manque de moyens compensé par le style d'abord, mais aussi par cette drôlerie étrange, jamais vraiment fendarde mais toujours agréable.

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Mais ce n'est pas trop dans l'humour, qui s'enterre un peu sur les 2h15 de film (c'est trop long d'une bonne demi-heure), que le film est le plus convaincant. Ce n'est pas non plus dans la mise en scène de l'étrange, car Kurosawa use d'effets qui ont fait leurs preuves depuis toujours dans son cinéma, mais qui ici n'apparaissent que comme une répétition un peu anachronique (les rideaux qui bougent, les entrées "illogiques" de personnages, les plans larges). C'est plutôt dans l'aspect sentimental du film, sûrement le plus intéressant : la résolution de la trame se fera dans l'amour d'un homme pour une femme, tout simplement, et on a l'impression que tout le film tend vers ça : une réconciliation avec l'humain dans ce qu'il a de plus noble. Pas si pessimiste que ça, Avant que nous disparaissions parle de l'utopie de voir naître une humanité 2.0, guidée par ses concepts les plus valables, qui ne serait qu'amour et solidarité. Le sacrifice des "guides" qui parviennent l'un et l'autre à percevoir la part d'espoir que cette invasion extra-terrestre prépare, apparaît comme la seule réponse possible à l'effondrement de la société. Mais il a fallu tout ce long (trop long) cheminement du film pour qu'ils s'en aperçoivent. Bancal, parfois chiant, parfois passionnant, un film étrange, au message fort et crypté, un machin hybride comme seul KK sait les faire.