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Manille, son soleil, ses filles, sa vanille... Oui, alors non, pas vraiment, on n'est pas ici dans cette dynamique. C'est plutôt Manille, ses bidonvilles, ses petits boulots de merde, ses enculés de Chinois, sa prostitution glauque... Voyez. Considéré (je ne pourrais vous dire par qui mais il a dû se taper tout le tagalog du cinéma philippin - humour potache) comme le meilleur film philippin de tous les temps, Manille est une sorte de film coup de poing qui, en 75, devait plutôt donner envie d'aller en Thaïlande - genre. L'image est un peu cradingue (en attendant une nouvelle édition chez Criterion qui ne m'a toujours pas envoyé mon chèque pour la promo), l'interprétation point d'un professionnalisme d'exception, la musique guère gaie mais malgré tout, le film fait son petit effet. L'histoire est celle de mon gars Julio (qui rencontrera d'ailleurs plus tard un type nommé César - pas sûr que la blague marche en tagalog), un jeune gars venu de sa province profonde pour retrouver sa petite fiancée. On devine que cette dernière, venue au départ pour bosser en usine et faire des études, est tombée bêtement dans une combine pour la prostiputer... C'est en effet le cas puisqu'elle est tombée dans les griffes d'un Chinois peu scrupuleux... Mais son calvaire le dispute bien au parcours de notre pauvre Julio qui va en voir de toutes les couleurs dans cette cruelle Manille.

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Une fois qu'il a épuisé son petit pécule à la recherche de sa Belle (sans succès), Julio va surfer de petit boulot en petit boulot : le bâtiment (payé une misère avec les risques du métier - il n'est pas rare de voir tomber l’un de ses potes comme une mouches d'un échafaudage (et le recours aux prud'hommes ne semble pas une option possible)), la prostitution homo (pas facile quand on a aucune velléité pour la chose), autant de galères qui vont le mener au fond du trou... Mais il y a toujours un petit espoir au bout du tunnel et il parviendra après moult mésaventures à recroiser la route de sa promise... Un tout petit brin de tendresse et de chaleur humaine dans ce monde de brutes épaisses et ce juste avant un final des plus tragiques pour ne pas dire des plus sanglants. C'est pas la fête au village.

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Décors de misère (la terrible séquence dans le bidonville après l'incendie), trahisons, morts brutales de proches, les espoirs de notre sympathique et gentil Julio semblent vite devoir être réduits à néant ; pourtant notre gars est pugnace et s'accroche jusqu'au bout à l'impossible : sortir des griffes de Manille avec sa douce... Mais la malchance semble coller aux basques de notre homme et ses désirs de revanche vains... La dernière séquence sera digne d'un film d'horreur, et la course désespérée de notre petit provincial à l'image de ses rêves : promise à l'impasse.  Un vrai film coup de poing de la pointure locale Brocka réalisé juste avant le tout aussi réussi Insiang (Shangols peut se targuer d'avoir des amours cinématographiques phillipines, tout à fait).   (Shang - 09/04/18)

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Ah oui vachtre, la vie à Manille n'a pas l'air d'être une sinécure, et Brocka se fait le porte-parole de cette misère sociale avec une empathie réconfortante. Il y a dans ce mélodrame violent et âpre quelques échos du néo-réalisme italien, mais passé au prisme du libéralisme et de capitalisme à tout crin. Même goût pour les enfances brisées, avec ce jeune gusse et sa belle fiancée littéralement extirpés de leur paradis natal et qui vont aller se heurter à la misère de la ville ; même façon de filmer le malheur dans toute son ampleur, le film fermant soigneusement toutes les portes au bonheur ambitionné par Julio ; et même ancrage profond dans un territoire, en l'occurrence la grouillante Manille, personnage principal d'un film qui la montre toute nue et pas vraiment désirable. Même si la mise en scène abuse un poil des zooms vertigineux et des filtres colorés durant les flashs-back, on est impressionné par l'aspect immersif du film, qui ne nous cachera rien des turpitudes morales de ce pays rongé par la cupidité. L'atmosphère crasseuse, pourtant très joliment rendue par les couleurs sépia de la photo et par des séquences nocturnes de toute beauté (avant le numérique, on savait ce que c'était que le noir, nom de d'là), ajoute à cette impression de profond réalisme, presque documentaire même : importe plus à Brocka de rendre concret cet enfer urbain que son histoire de gamin-victime expiatoire, dont les aventures sont de toute façon dès le départ cousues du fil blanc dont on fait les linceuls. Celui-ci assiste à tout ça passivement, déjà presque mort depuis le début, et même si le film sait aussi parler de solidarité, d'amitié et d'amour, on est dans un pessimisme et un fatalisme pasoliniens. Une énième histoire d'enfance brisée, oui, mais magnifiée par un cinéaste qui possède indéniablement un oeil.   (Gols - 10/09/18)

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