"Si les morts n'étaient pas plus intelligents que les vivants,
à quoi servirait-il d'être mort ?
"
 Jean Aurenche coupant l'herbe sous le pied au grand philosophe Paulo Coelho.

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Du cinéma de papa au cinéma de papy il n'y a qu'un "pa" : petit retour sur l'ennemi Claude Autant-Laura pour un film de gentils fantômes pour gentils enfants (ma fille a tenu 8 minutes, elle a le nez creux). Quel plaisir de retrouver Odette Joyeux coiffée comme Dick Rivers et portant une collerette en forme d'aileron de Formule 1. Oh non, elle n'a rien pour autant de vraiment moderne, la bougresse, vu qu'elle fantasme sur le tableau d'un chasseur tout de blanc vêtu, ancien amoureux de sa grand-mère... Ah si les fantômes existaient, c'est sûr, elle le croiserait !!! Eh bien justement, il existe ce fantôme (interprété par Jacques Tati : oui, produire un film coûte cher) : il ne cesse d’ailleurs de la poursuivre dans les couloirs de ce château mais la belle, qu'il violerait bien, endormie sur son lit (oui, j'exagère), ne le voit pas - c'est là tout le drame des fantômes, je ne vous apprendrai rien si vous avez lu Marc Lévy. Bref. Son pater, pour les 16 ans de l'Odette et pour la rendre joyeuse, décide de louer un, voire deux, voire trois fantômes (Jean Desailly et François Périer, tout jeunes, tout beaux et relativement frais dans ce cinéma de tenture ; et un piètre imitateur anachronique de Pierre Arditi, Louis Salou) : oh là là, quiproquo à tous les étages et rondes amoureuses perpétuelles car les deux petits jeunes sont amoureux de l'Odette (mais qui se cache sous ce drap blanc que je ne vois que trop, se demande-t-elle ?... un suspense insoutenable... d'autant que le vrai fantôme se recouvre lui-même parfois d'un drap, le blagueur). Ah l'émerveillement de la jeunesse et la joliesse des contes amoureux poétiques... Paul Vecchiali (ma bible pour les années 30-40 de façon très sporadique) trouve le film magique et la mise en scène virevoltante et élégante ; je ne suis pas sûr qu'on se retrouve finalement un jour à l'apéro.

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Oui l'Odette a de grandes mirettes (et un grand front) tout plein de pétillement, oui Desailly et Périer ont un sang neuf de jeune premier, oui Julien Carette apporte sa gouaille sympathique, oui René Cloërec a piqué la flute de Pan de Vladimir Cosma pour trousser une bande-originale légère, oui c'est plein de mignonne poésie d'un autre temps et l'on prendrait presque plaisir à se perdre dans tous ces escaliers, ces couloirs, ces recoins du château... Mais c'est aussi si sérieusement gnan-gnan et gentillet qu'on regarde le temps écoulé plus souvent qu'à son tour (jamais trop compris cette expression de Gols mais je sentais qu'elle ferait bien ici). On a absolument rien contre le romantisme grand crin, mais certaines répliques énoncées sur un temps si sentencieux sur la vie, la mort, l’amour sonnent souvent aussi creux que les fantômes (les vrais – d’où l’écho qu’on entend au début du film…). Odette est si niaise qu'on lui collerait des baffes (le consentement sexuel à 16 ans, et je ne voudrais pas polémiquer, hein, c’est pas encore trop tôt ?), les deux jeunes premiers sont « si cool Raoul » qu'on les dépeignerait volontiers, la fin si bête qu'on en mangerait des choux (entre celui qu'elle aime et qu'elle laisse bêtement partir (c'est un voleur, sauvageon !) et l'autre con de fantôme qui s'en va rejoindre les étoiles, cela donne envie d'écouter Sepultura, là, par pure rage bon enfant). Si cela constitue un des summums de légèreté Autant-Laresque alors au temps pour moi, mais on risque d’être rarement sur la même longueur d'onde... Lourd comme un château mort.

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