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Oh le joli film tout en subtilités, en non-dits et en délicates touches de bon goût pour exprimer l'inneffable... On ne reprochera pas à Guadagnino de ne pas faire d'effort pour donner dans la mesure et le presque rien. Dès le générique, on tique, quand on voit écrit "scénario : James Ivory" ; déjà parce qu'on croyait le bougre mort depuis 1991, ensuite parce que si lui s'avère vivant, son cinéma est désormais dans le camp des trépassés pour de bon, et que c'est pas dommage. Mais dès les premières images, le spectre du lord anglais est bien là : nous voici dans la campagne italienne, baignée de soleil, pendant les vacances d'un jeune adolescent qui va le temps d'un été, découvrir les joies et les peines d'un amour éphémère, comme le dit la formule en couverture de Psychologie Magazine. D'abord tout mignon avec ses études de piano, sa gentille fiancée et ses popa-moman érudits, il va se trouver confronté à l'arrivée d'un doctorant américain, qui va exercer sur lui son charme vénéneux, comme le dit la formule des éditions Harlequin. Mais qui est sous le charme de qui, mmm ? Là est toute la question, que le film va mettre 135 minutes à résoudre, à grands renforts de regards par en-dessous, d'approches timides et de "wouhouuu" brâmés devant des cascades naturelles.

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On croira, vu le cynisme de ce premier paragraphe, que j'ai détesté Call me by your Name. Eh bien, non. Il a au moins le mérite de mettre au jour un acteur absolument génial, le genre de présence qu'on ne voit que rarement (un peu comme ce gosse dans Trois Souvenirs de ma Jeunesse) : Timothée Chalamet est extraordinaire, toujours surprenant dans ses réactions, et toujours juste. A lui seul, il porte 90% du film sur ses épaules, et lui apporte tout le charme que la mise en scène académique et poussiéreuse fait tout pour lui enlever. Rien que le regarder pourrait suffire à notre bonheur, mais il est vrai que l'ensemble de la distribution est au diapason (si on excepte le père, sorte de Robin Williams du pauvre, assez faux). Avec de tels acteurs, les symboles les plus lourds (et il y en a !) passent tout seuls, d'autant que les dialogues sont parfois inspirés. Le film est assez déséquilibré : de temps en temps subtil et adroit, d'autres fois lourd comme un cheval mort. Autre chose appréciable : le contexte social, assez bien mené. Cette famille de bourgeois érudits, de gauche, compréhensifs et modernes, multilingue, est un milieu intéressant pour que s'épanouissent les sentiments du garçon, et on aime la valse entre les langues, l'anachronisme entre le raffinement de ce garçon (qui joue du Bach au piano, bouquine comme un enfant sage) et sa modernité (le film se passe en 1983, et le gars est de son temps). Le traitement de l'homosexualité est également assez fin : cet amour de jeunesse pourrait tout aussi bien pu être hétéro que ça n'aurait rien changé.

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A côté de ces belles qualités, qui empêchent de quitter la salle en vouant aux gémonies ce cinéma de pépé, on s'ennuie pas mal devant ces scènes très répétitives, qui montrent un jeune homme s'approcher timidement d'un homme plus mûr, ces scènes tellement subtiles qu'elles finissent par ne plus rien exprimer, cette symbolique lourdaude (ah qu'elles sont belles ces statues grecques, mais est-ce que je serais pas homo, moi, du coup ?) et ces clichés étalés dans la dernière partie, vraiment ratée : avez-vous déjà visité des montagnes en criant "wahou" ? Mille fois trop long, redondant et se perdant dans des méandres peu pertinents, Call me by your Name semble non seulement prendre place dans les années 80 mais y avoir été tourné également : un cinéma qu'on ne voit plus, et c'est peut-être pas plus mal.