vlcsnap-error400

Ce remake westernique assumé de Sahara avec l'ami Boggie vaut beaucoup plus qu'un simple remake. Tout d'abord parce qu'il s'agit du gars André aux manettes et que ce dernier n'est pas un simple artisan de seconde zone : direction d'acteurs, sens du rythme, soin apporté aux cadres et aux lumières (Charles Lawton Jr à la photo n'est pas un manchot)... Ce petit western est absolument trépidant même si on connaît le scénar depuis le début des temps : six hommes seulement réchappent du massacre orchestré par Nuage Noir, l'un des derniers grands chefs indiens hostiles aux petits blancs ; le carnage de cette pauvre troupe de cavalerie est terrible : lâchage de chevaux sauvages en ville, incendie dantesque (une façade en feu s'écroule sur deux pauvres gens - du Buster Keaton tragique), femmes et enfants paniqués et trucidés - les Indiens laissent derrière eux une ville en ruine... C'est notre bon vieux Broderick Crawford qui mène à travers le désert le restant de cette troupe décimée : notre homme a certes un physique ingrat mais il a une gueule mélanchonesque ; il faudra bien cela pour encourager ses hommes épuisés dans cette traversée et ce d'autant que les réserves d'eau sont limitées... Le prochain fort est super loin (100 miles à vue de nez) et les Comanches risquent derrière chaque dune de leur tomber sur le coin du nez. Bref, ils n'ont aucune chance de s'en sortir à moins d'un miracle (genre l'arrivée de la cavalerie menée par ce fameux air de trompette salvateur).

vlcsnap-error113

vlcsnap-error374

Après une ouverture fracassante, on a peur que le film s'embourbe dans les sables mouvants. Que nenni, il ne se passe pas cinq minutes sans que Broderick et ses hommes aient à faire face à un imprévu : une diligence que l'on croise (avec une jeune femme à bord, la raffinée Barbara Hale), des indiens fourbes, une tempête de sable, un desperado perdu au milieu de nulle part en train de se faire un barbec, un puits asséché transformé en cache d'armes, un chtit indien échappé d'une réserve qui demande de l'aide et surtout de l'eau... Bref, il y a plus de personnes dans ce désert que sur la place centrale de Tsingoni après cinq semaines de grève et les mésaventures s'enchaînent à un rythme tel que nos soldats tombent comme des mouches - s'il n'y en a qu'un qui reste, se dit-on, ce sera Broderick tant l'homme est nanti d'une bonne réserve de gras à toute épreuve... Cerise sur le gâteau, toute notre petite troupe se retrouve acculée dans un ancien village détruit : ils devront faire face aux trois mille hommes de Nuage Noir, les flèches et les coups de feu risquent de pleuvoir... On ne sera jamais déçu par les scènes d'action pure (tant qu'il y a de la dynamite, il y a du spectacle) et on appréciera avec une certaine finesse aussi bien certaines répliques du gars Broderick ("On est tous un peu tendus en ce moment" - une citation piquée à Gols, rien de moins) que la relation trouble qui se tisse entre ce bon bourrin de Brod et la classieuse et courageuse Barbara. On sent que Toth, tout en s'appuyant sur une trame solide déjà écrite, apporte une petite touche de finesse en plus pour faire de ce remake une œuvre franchement honnête et droite dans ses bottes ; chaque individu de la troupe "constituée" (les soldats + les divers gens rencontrés en route / 6+6=12) a sa petite seconde de gloire et meurt de façon plus ou moins originale (c'est la moindre des choses de ne pas faire mourir les gens tous de la même façon, une vulgaire flèche plantée dans le foie). Broderick sait dès le départ que cette résistance face à un ennemi invaincu est mission impossible mais il sait aussi qu'après les nuages noirs vient le beau temps (enfin, on suppute). Au final, une série B très enlevée, digne (l'Indien non sanguinaire passe du statut de quantité négligeable à celui d'homme) qui ne fait absolument point honte à son modèle. Belle œuvre que ce Masque et la Plume (vous rétablirez par vous-même). Il ne reste plus que 839 westerns à voir dans cette odyssée, ouf...

vlcsnap-error621

 Go west here