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Imaginons un monde où Laurent Wauquiez devient président et Christine Boutin première ministre, et ce juste après que Roselyne Bachelot a été pendant 10 ans ministre de la santé : la fertilité est au plus bas, et nos deux champions du monde de la politique ont mis au point un système catholico-militaro-dictatorial où les femmes - les fameuses servantes qui ne font pas vraiment le ménage - ne sont que des sacs à procréations aux mains des plus nantis... L'idée n'est pas si bête en cette ère qui part en trumpette. Nous suivons donc plus spécialement la pauvre Elisabeth Moss (toujours aussi géniale), femme séparée de son mari et de sa fille, qui a été forcée, après une tentative d'évasion en famille, de rentrer au service du couple Waterford (la belle et froide (et teigneuse) Yvonne Strahovski alliée au pervers et froid Joseph Fiennes : un couple encore moins attachant que les Balkany pour donner une échelle). Comme on est dans une série moderne, les flashs-back vont se multiplier pour qu'on puisse suivre en multi-couches le passé de la pauvre Elisabeth (sa rencontre avec son mari, ses amies, sa tentative de fuite, ses premiers jours de formation comme servante au service de cette dictature terrible...). Bien.

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Pour commencer, une fois n'est pas coutume, par la forme, avouons que l'image est diaboliquement soignée, les éclairages superbement gérés, entourant le film d'un petite voile étrangement feutré... Cette dictature, arrivée apparemment sur la pointe des pieds, est à l'image de cette neige qui ne cesse de tomber : les militaires, comme les flocons, sont innombrables et encadrent froidement cette dictature dont ne bénéficient que quelques élus dociles et ultra-catholiques ; les gays ont été poutinement rayé(e)s de la carte, priorité étant donné à ces femmes sacs-à-bébé qui doivent donner rapidement satisfaction à leurs employés. Le rythme est relativement lent comme pour mieux souligner l'affreuse et immuable détresse de ces servantes privées de liberté (elles ne peuvent se déplacer à l'extérieur que par deux), privées d'opinions, privées de leurs corps. S'échapper de cette prison de la taille d'une nation est chose quasiment impossible et ne reste donc qu'à broyer du noir en comptant les multiples suicides des autres servantes... Heureusement l'Elisabeth garde en elle cette petite flamme jamais totalement éteinte, comptant bien retrouver un jour sa fille et rejoindre son mari qui a pu in-extremis passé de l'autre côté de la frontière, trouvant refuge... au Canada. Même si cet aspect n'est que peu développé dans cette première saison, il est absolument jouissif de voir ces Ricains, quels qu’ils soient, en position de réfugiés. Ils sont reçus au Canada, à leur propre surprise, comme des rois, ne semblant pas vraiment habitués eux-mêmes à la cette considération humaine… On apprécie tout autant la focalisation faite sur cette héroïne aux abois, une Elisabeth qui trouve toujours dans son jeu des petites subtilités, des nuances pour rendre compte de toute une palette d'émotions, de la souffrance la plus vive à l'espoir le plus fou. Esthétisme soigné, acteurs et casting de choix, récit multipliant les pistes narratives pour dévoiler progressivement les mésaventures de son héroïne, ce conte horrible d'une humanité possible (heureusement que Trump et Poutine n'ont pas les pleins pouvoirs à la tête de grandes nations sinon on pourrait finir par tiquer) tente intelligemment de traiter de quelques dérives "à portée de main" de nos si fières et fourbes sociétés modernes. A suivre, avec un grand plaisir. 

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