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Voilà un film, indéniablement, qui marche à l'énergie, l'énergie de ce personnage incarné par une Laetitia Dosch virevoltante du début à la fin. Et pourtant, la jeune femme, le moins qu'on puisse dire, est au départ peu "aimable", dans tous les sens du terme : opportuniste, forte en gueule, instable... Dès la première scène où elle crache son venin, on serre un peu des dents devant cette femme face caméra qui raconte un peu tout ce qui lui passe par la tête ; il y a la peur, admettons-le, à la fois de ce cinéma et de cette actrice qui aimeraient éventuellement se donner des allures cassavetesiennes sans en avoir forcément les épaules (oui, le cinéma peut aussi avoir des épaules). On a peur que cela fasse psschit, que le personnage nous porte vite sur les nerfs, que la mise en scène soit un peu trop dans l'esbroufe, dans cet aspect "sur le vif", dans le "cut" continuel pour avoir du punch... Force est de reconnaître que la cinéaste, pour son tout premier film, tout comme l'actrice, en garde sous le pied car le film ne cessera par la suite de nous amener dans des méandres souvent inattendus - le cinéma de "qualité française" depuis quarante ans nous amenant tellement dans des ornières que cela ne peut que nous réjouir.

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Le personnage tout d'abord, aussi bien moralement que physiquement d'ailleurs, n'aura de cesse de nous surprendre : cette jeune femme que l'on pensait totalement paumée, à côté de ses pompes, "victimisante", saura trouver de la force, de la foi, de l'envie pour ne jamais se laisser sombrer dans ce Paris guère accueillant ; des potes je m'en-foutiste (dans le sens, on t'héberge mais ne nous fais pas trop chier non plus), des employeurs plus condescendants qu'une ministre de l'outre-mer en avion privé (si, cela a un rapport, parfaitement), des conditions de logement un peu limite. Plus on pense que notre jeune femme va chuter, plus on pense que ses fissures vont s'agrandir, plus elle trouve de la ressource en elle pour faire face, pour renaître de ses cendres. Laetitia Dosch change d'aspect en cours de route avec autant que grâce qu'une chenille devenant papillon. Notre belle, justement, papillonne, hésite, prend des décisions surprenantes, comme pour mieux incarner ce qu'on avait tendance à appeler par le passé (mot devenu archaïque depuis mais qu'on trouve encore dans le dictionnaire) la liberté. Libre, elle l’est, à ses risques et périls, mais elle l'assume pleinement, quitte à s'en prendre plein la tête (son coup sur le front, sa propre image dans le miroir brisé...) : elle garde en elle quoiqu’il advienne l'envie de voler de ses propres ailes (vous l'aviez pas vu venir, hein, la métaphore filée). Oui elle énerve encore, oui parfois son côté dissolu et imprévisible continue de désarçonner mais c'est justement ce que l'on finit par admirer en elle - aussi bien, si vous avez suivi le parallèle - que dans l'écriture de ce film "border line".

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Là où beaucoup se seraient cassé la gueule en signant un film dépressif, Léonor Serraille réussit son coup : le film, même dans ses instants les plus sombres, possède un éclat, une lumière, une énergie revigorante ; à l'image finalement de ce personnage (on continue le parallèle) qui va constamment de l'avant : certes elle se cogne parfois la tête contre les murs mais aucune paroi (même utérine - pas sûr de la fiabilité du jeu de mot mais allons-y gaiement) ne semble capable de stopper ses envies de "vivre libre" (Paulax (Paula + Max, pour les plus jeunes...)). Bref un film qui abat quelques cloisons, non dénué sans doute de maladresses, mais qui porte en lui de belles promesses, selon la formule consacrée, pour l'avenir du cinéma français dit dramatique (on pourrait pas vraiment faire le même constat pour les films dit comiques, voyez). Sereine Serraille.   (Shang - 12/03/18)

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Non mais si ça continue, vous allez voir qu'on va finir par apprécier un film français de femme dépressive parisienne. Je suis tout autant agréablement surpris que mon camarade devant ce film gentiment frondeur, et mon cheminement a suivi le sien par-delà les frontières, les océans et l'adversité des vies : d'abord très dubitatif devant cette première scène surjouée et assez pénible, je m'attendais à une de ces hystériques qui hantent les premiers films français et tiennent lieu de sujet unique. Mais peu à peu, à force de surprises et de porte-à-faux, les deux nanas (car il s'agit indubitablement d'un film en duo : Serraille et Dosch apportent une part égale à la réussite du film) gagnent l'adhésion, et on se retrouve tout ballot devant cette petite gonzesse pas si barrée que ça, en-dehors des carcans sociaux mais en même temps crédible et attachante, porteuse d'une liberté et d'une modernité qui s'assument. Serraille a le sens des situations drolatiques, Dosch a le talent pour les transformer en poésie, le duo s'entend visiblement à merveille. La comédie douce-amère renferme quelques touches mélancoliques (il faut voir notre héroïne traverser Paris avec son chat ou dragouiller gentiment un vigile un peu raide), et on apprécie ce ton à la fois bluesy et léger, en se disant que voilà longtemps que le cinéma français ne nous avait pas montré une femme aussi émouvante, attachée à son époque sans en avoir les tics crétins, qui tente de faire sa vie au milieu des codes sociaux malgré sa singularité (jolie scène d'entretien d'embauche), une fille normale et craquante. Un bien beau tout petit film.   (Gols - 10/04/18)

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