288178

Un petit western anonyme mais pas forcément désagréable si vous n'en attendez pas grand chose. Salkow rassemble les motifs éternels du genre et livre un film assez trépidant, doté d'une poignée de personnages attachants, sobrement concis dans son exécution et sa manière de raconter, bref un machin efficace et simple, uniquement destiné à vous donner votre shoot de cow-boys en attendant le grand film de deuxième partie. Il est vrai que Feu sans Sommation arrive un peu tard, et qu'on sent bien que le genre n'étant plus à la mode, on confie à des seconds couteaux ce qui aurait pu donner d'excellents films jadis. Aussi Salkow est-il très maladroit quand il s'agit de filmer les bagarres : mollassons, trop "truqués" pour être honnêtes, les deux fights du film paraissent bien patauds, malgré l'ajout rigolo de crochets de boucher dans l'un d'eux (on est pas loin du combat à l'épée d'un Errol Flynn, mazette). L'esthétique générale est par ailleurs très plan-plan, Salkow ne se permet aucune idée ni aucun point de vue. Juste un savoir-faire qui passe bien, notamment dans les petites pointes de modernité parsemées ici ou là : l'histoire d'amour de ce cow-boy solitaire, par exemple, est intéressante. Le gars revient après deux ans d'absence dans la ville de Shelby, où il tua jadis les frères Morrison (en légitime défense, mais allez expliquer ça au père de la famille). Il compte bien reprendre le ranch familial et récupérer la gorette de service qui s'était promise à lui. Mais il est accueilli fraîchement par la population, qui avait trouvé sa tranquillité après son départ, et par la gorette en question, qui entre temps a promis le mariage au shérif du coin. Indésirable et entouré de rancune, il lui faudra déjouer le pillage de la ville par l'infâme Spangler pour retrouver la bienveillance de tous. Là où l'histoire d'amour est originale (et ce, malgré la fâdeur totale de l'actrice), c'est que le personnage du sherif se désiste sobrement devant la suprématie de son rival : on est en 1964, on ne rigole pas avec l'amour fatal et la destinée des sentiments, et le personnage du shérif réagit comme on n'aurait jamais pensé réagir il y a dix ans. Pour le reste, c'est fonctionnel : Audie Murphy (le gars ne bouge pas avec les décennies, il a toujours 20 ans) fait le taff, les personnages secondaires sont attachants et joliment interprétés, il y a la bonne dose de scènes d'action, et on ne perd pas son temps à fouiller dans la psychologie ou dans les histoires parallèles. Bien rythmé, glamour, parfois drôle (le jeu clownesque du méchant de service, Ted de Corsia), doté d'une musique hermanienne intéressante, rempli comme un oeuf et sans ambition, Feu sans Sommation remplit son rôle.

disque-feu-sans-sommation20

 Go west, here