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Pendant que mon camarade se tape des comédies pétillantes, je m'occupe de la partie austère de ce blog, je me demande à quel moment je me suis fait avoir. Le Grand Paysage d'Alexis Droeven est un film qui tire la gueule, et ce pour plusieurs raisons. D'abord c'est un film belge. Ensuite, il se passe dans la partie la moins riante de ce cher pays du rire, dans les Fourons, groupement de villages étiques du Nord-Est, pris entre rivalités linguistiques entre Wallons et Flamands et ruralité menacée des années 80. Enfin parce qu'il y est question de la mort du père, dernier Mohican d'une certaine idée de la paysannerie, en lutte contre les politiques laitières iniques, et des questionnements qui s'en suivent sur la pérennité de sa ferme : Jean-Pierre, son fils, va-t-il reprendre l'exploitation malgré l'adversité ou va-t-il se recycler en ville ? Attention, sujet grave : la transmission, l'héritage, l'incommunicabilité entre père et fils, ce genre de joyeusetés. Un film pour Pialat, disons, qui en aurait fait quelque chose de brutal, de sanguin, de moderne. Jean-Jacques Andrien ne mange pas de ce pain-là. Lui appuie encore plus sur la misère de ce qu'il filme, visiblement très amoureux de ce pays. C'est vrai que quand il cadre la nature, cette campagne toujours humide de pluie, vallonnée mais monotone, il porte un vrai beau regard sur un paysage qu'on voit peu au cinéma. Quelques travellings sont jolis, sa façon d'occulter les ciels originale, et on peut apprécier la partie purement picturale ou documentaire du film. Le gars insère d'ailleurs, au début, quelques images d'archive montrant des vrais gusses aux prises avec les affres de la division du pays, et ce sont sûrement les plans les plus intéressants du film.

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Mais il devrait s'arrêter à ça, à enregistrer le quotidien de ces pauvres bougres isolés de tout dans leur belle campagne. Andrien se pique de fiction, et enfonce progressivement son film dans un sérieux assez solennel, aux effets très mal gérés, sans savoir exactement quoi raconter et comment le faire. Il ne sait pas du tout diriger ses acteurs : Nicole Garcia se la joue mystérieuse et habitée (Nicole Garcia, quoi) sans aucune nécessité, alors que son personnage est bien fade et fonctionnel, une avocate sans ambiguité aucune alors qu'elle voudrait nous faire croire à une complexité profonde ; Jerzy Radziwilowicz quant à lui est une énorme erreur de casting, avec son accent polonais venu de nulle part et son visage figé sur une seule expression : le tirage de gueule. Ok, son père est mort, c'est pas facile, mais pourquoi l'avoir dirigé vers ce jeu spectral, même dans les scènes les plus anodines (il fait la gueule même quand il va chercher une vache échappée), pourquoi lui avoir fait ce teint blafard ? Et pourquoi le filmer systématiquement dans son silence, entre deux portes, ni tout à fait là ni tout à fait ailleurs, alors que le film raconte simplement son attachement au pays ? Le film donne l'impression de raconter une toute petite chose avec emphase (de l'opéra en bande-son, une lenteur excessive dans toutes les séquences), un peu comme si on allait voir Tarkovski pour nous raconter La Boum. Complètement dénué du sens de l'ellipse, Andrien nous assomme sous des scènes longuettes (la scène où Garrel poursuit un type qui a volé une oie, un truc complètement déconnecté de l'ensemble et qui dure 7 heures), sous un ton sur-sérieux qui voudrait bien avoir l'air mais qu'a pas l'air du tout, et nous raconte sa petite histoire pas grave en sortant les grandes orgues. Ben du coup, on se fait chier grave devant ce cinéma de papa qui ne trouve pas son ton, qui ne raconte rien et se contente d'imiter le cinoche intello de son temps sans avoir les épaules.

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