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Lee Unkrich, déjà responsable de ce que le cinéma d'animation a fait de mieux ces dernières années (Finding Nemo et Toy Story 3) revient nous assassiner une nouvelle fois avec ce petit bijou d'émotion et de beauté, maniant dans un genre dédié aux enfants des thèmes douloureux et difficile : ici, la mort, tout simplement, en tout cas le deuil et le souvenir. C'est l'histoire d'un môme qui se retrouve à la jointure des deux mondes, à l'occasion de la Fête des Morts célébrée au Mexique : d'un côté les vivants, famille sympathique vivant depuis des générations dans la rancune de l'arrière-grand-père qui a quitté sa famille pour assouvir sa passion pour la musique ; celle-ci a été bannie de la famille, mais Miguel se sent appelé par elle. De l'autre, les morts, n'attendant que cette fête pour retrouver le temps d'une journée les vivants qui se souviennent d'eux ; parmi eux, l'arrière-grand-père, donc, pauvre hère à deux doigts de s'effacer complètement du monde : il n'y a plus que la vieille Coco, 107 ans à vue de nez, qui l'ait connu, et son souvenir va disparaître avec elle, atteinte de sénilité. Miguel va devoir réactiver la mémoire de cette famille, réhabiliter l'ancêtre dans les souvenirs du clan pour éviter sa mort définitive. Une course contre la montre, au cours de laquelle il va découvrir les non-dits familiaux en même temps que sa véritable identité, la viabilité de sa vocation musicale, et la nécessité d'unir les siens. Le suspense, on le voit, est purement sentimental, et c'est là qu'est la première beauté du film : le but est de réveiller des sentiments enfouis, et Unkrich transforme cela en brillante aventure trépidante, énergique et colorée.

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L'écrin est somptueux : le film est une merveille de couleurs chaudes (des marrons, des verts, des orangés) ou au contraire éclatantes (les créatures mythiques du Mexique), la plupart du temps prises dans des plans larges où fourmille la vie, avec un sens des détails extraordinaire. Le film va d'ailleurs un peu trop vite pour qu'on puisse profiter pleinement de la beauté des décors et des personnages secondaires : c'est un Disney-Pixar, il doit répondre à un cahier des charges éternel, donc raconter vite, avec des plans courts. C'est dommage, on sent qu'on rate plein de choses. Mais on reste malgré tout admiratif devant cette forme inouïe (on se demande comment faire mieux aujourd'hui), devant ces animations spectaculaires (les personnages "jouent bien" !), devant cette précision de chaque micro-détail et de chaque geste. Unkrich tente même des figures de style assez nouvelles dans ce genre de production, réfléchit notamment aux champs/contre-champs ou à la profondeur de champ (sans rentrer forcément dans l'obligatoire effet 3D). Des chansons pas trop niaises, un humour présent mais pas omniprésent, un sens de l'action impeccable, vraiment on en prend plein les mirettes, le film est très réussi formellement.

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Mais c'est surtout dans son fond que Coco vous assassine le coeur. Le réalisateur gère parfaitement les scènes de mélodrame, certes sucrées, mais qui utilise des thèmes profonds pour faire pleurer : la scène où Miguel ressuscite la mémoire de Coco par la chanson ferait fondre un glaçon, non seulement par la scène elle-même mais aussi par ce qu'elle véhicule. La mort n'est qu'un état permanent, d'ailleurs assez gai, et ne devient macabre que quand l'oubli est prononcé, quand le défunt disparaît du souvenir de ceux qui l'ont connu. Ça donne un film hanté, sérieux et mélancolique, plein d'aventures certes, mais surtout marqué par le deuil, où il importe moins de se sauver ou d'assouvir ses passions que d'empêcher qu'une photo pâlisse et disparaisse de l'autel familial. On y parle aussi, par la bande, des liens de parenté, Miguel découvrant que son identité glorieuse est peut-être à retravailler, et que la célébrité est peu de chose par rapport à l'humilité, ce qui n'est pas un mauvais message. Bref, un dessin animé absolument réussi, qui ne prend pas votre petit Kevin pour un âne plein de pop-corns, un des grands moments de Pixar.