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Huit Heures ne font pas un Jour mais cela a fait ma semaine (ahah). Après l'immense Berlin Alexanderplatz, l'avant-gardiste Le Monde sur un fil, voici donc une autre série fassbinderienne toute aussi fascinante, une "série familiale" seventies qui nous replonge avec joie aux racines de notre existence (certes, je ne suis pas né en Allemagne... même si Moulins a sa petite histoire personnelle avec le voisin boche). Chaque épisode se concentre sur un couple, le fil rouge étant le couple formé par l'excellent Gottfried John (dont le nez de boxeur ferait passer celui de Belmondo pour un né de pongiste) et la sublime Hanna Schygulla (une coiffure en choucroute et une étrange ressemblance avec mon amie Marie exilée en Pologne - chacun maintenant peut y projeter sa propre vie...) : autour d'eux, la famille de John (le père ronchon de John, sa grand-mère un peu fofolle, sa soeur en manque d'émancipation), l'amie secrétaire d'Hanna coincée comme une clé dans une serrure rouillée, les collègues de John, des ouvriers qui fabriquent des pièces de "précision" et qui savent, le cas échéant, faire montre d'une grande solidarité pour faire avancer leurs conditions de travail.

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Un volet sentimental (la merveilleuse rencontre fortuite entre John et Hanna autour de distributeurs tout pourris, leur  « acoquinage », leur complicité, leur rapide brouille et leur love stronger than anything ; les amours difficiles de la sœur de John ; le "décoinçage" de l'amie d'Hanna), un volet familial (le côté chiant du père de John ,le côté libérateur de sa grand-mère) et enfin un volet professionnel (le capitalisme n'est pas une fatalité - on essayait presque d'y croire encore au début des seventies), bref un petit tour d'horizon assez complet de la vie quotidienne de l'Allemand de base vingt-sept ans après la fin de hostilités. Si l'on n’a pas droit à la musique de Peer Raben, la bande musicale reste agréable (une poignée de chansons françaises pour ceux qui ont l'oreille fine) ; on se régale surtout comme dans tous les Fassbinder du jeu des acteurs, de la mise en scène sobre, de l'écriture géniale des dialogues, et des simples mouvements de caméra, d'une grande sobriété mais efficaces (la grue s'élève quelque peu en l'air pour prendre du recul sur ces ouvriers coincés en atelier ; quelques jeux avec les miroirs également (dans le quatrième épisode me semble-t-il) mais là encore, un concept utilisé avec parcimonie). Ces huit heures, ces cinq épisodes se savourent comme si l'on exhumait des eaux un trésor longtemps enfouis : rien de clinquant au premier abord mais une mine d'émotions, de sentiments enfouis, d'humanité perdue (j'en fais à peine trop vu le trop plein d'actions, de sensations fortes et de creux, souvent, des séries actuelles). Fassbinder donne du corps à ses personnages qui, sans se prendre pour des Dieux, pour des héros, tentent en toute humilité de se rendre la vie meilleure au quotidien- et ce même s’il s’agit d’un combat qui se joue au millimètre chaque journée que Dieu fait. John fait preuve d'adversité pour trouver des solutions au taff et fait preuve d'une grande disponibilité vis-à-vis d'une Hanna toujours sur la brèche pour trouver une solution. Dynamisme des uns (la grand-mère), abysses de connerie des autres (le pater, le mari de la soeur) mais un petit monde présenté dans son ensemble qui laisse une opportunité à chacun pour trouver la voie de la rédemption. Des petites émotions mignonnes comme tout (chaque sourire d'Hanna), des combats fiers et couillus (chaque décision solidaire des ouvriers), des repas familiaux rondement menés (qui se finissent forcément le plus souvent en engueulades, mais pas que), bref un grand moment de joie que cette série on ne peut plus oubliée du grand Rainer. N'hésitez point, sauf à vouloir perdre du temps à faire des commentaires de commentaires de commentaires pour savoir qui a la plus longue (résistance).

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Face à Fassbinder