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On commence à en avoir vu, des westerns, de toutes sortes et de tous genres, plus ou moins passionnants et plus ou moins remplis d'événements ; mais on n'avait encore jamais eu un truc comme Cattle Drive, c'est-à-dire un western absolument privé de tout ce qui fait un western ; il n'y aurait pas deux-trois chevaux et quelques zigues en stetson, on pourrait même carrément se croire dans le film familial le plus paresseux du monde. Chester, fils gâté et insupportablement vaniteux d'un magnat des chemins de fer, se retrouve seul dans le désert par un concours de circonstances un peu tiré par les cheveux. Son père, après un dialogue de deux phrases, laisse tomber les recherches : ça va l'endurcir, le fiston, ahaha. Notre môme erre alors jusqu'à tomber sur Dan (Joel McCrea), cow-boy vieille école (entendez coeur pur et savoir-faire bovin) qui va le prendre sous son aile et lui apprendre les rudiments de la vie au grand air : faire la bouffe, rigoler comme un damné avec les autres garçons bouviers, ne pas tricher aux courses de chevaux, supporter le méchant qui veut se débarrasser de lui, rassembler un troupeau et dompter le fameux étalon parfait que Dan poursuit depuis des semaines. Notre bambin, bronzé et dopé par l'expérience, apprendra la modestie et l'abnégation, et retrouvera son père en ayant compris la vie, mon bonhomme. La dernière scène achèvera ce film bien cucul la praline par une image consternante de bien-pensance : McCrea, le môme et son père chevauchant ensemble au coucher de soleil, copains comme cochons, riant aux éclats en claquant bruyamment la portière de leur cheval racé. N'en jetez plus.

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Cattle Drive, c'est : un coup de feu et un seul, d'ailleurs raté, en direction d'un cheval qui sème la zizanie ; un méchant dont l'acte le plus fourbe est de hisser le môme sur un cheval de rodéo (il s'excusera très vite de son comportement en tortillant son chapeau) ; des mouvements de troupeau de vache (manifestement pris dans un autre film, la lumière change brusquement dans ces plans-là) qui constituent la seule action pendant la demi-heure qui suit ; 17 scènes de course derrière un étalon noir ; et des dialogues fascinants sur le sens de la vie et l'importance de posséder un ranch (au passage, il faudrait faire une étude sur la fascination des cow-boys pour les ranchs comme archétype du bonheur suprême). Sinon ? rien. Malgré un certain talent chez les acteurs, malgré une certaine originalité dans le scénario, on s'ennuie donc ferme devant ce western sans sève, sans suspense, sans action. Neumann ne sait ni filmer ses paysages (bien souvent en transparence très visibles, faute de moyens sûrement), ni doper son action, ni même réaliser correctement la chose. C'est assez nul, autant le dire tout de go, et passer à autre chose.

Go west, here