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On aime bien généralement ces petits polars "sociétales" des sixties, surtout lorsque le noir-et-blanc est signé ce bon vieux Charles Lawton. Reconnaissons malgré tout qu'on est ici dans le film un peu plat, avec un Alan Ladd (ingénieur pointu de droite qui s'extrémise...) en parfait gros Ricain moyen. Parce que voilà, ce brillant Alan qui travaille dans les fusées (autant dire fait partie de l'élite), alors même un soir qu'il rentrait chez lui, se fait agresser par une bande de jeunes bien propres sur eux. C'est tombé malencontreusement sur lui (il a traité les jeunes d'imbéciles alors que ceux-ci avaient failli l'écraser puis leur avait demandé de le laisser tranquille : malheureusement le jeune fils à maman des sixties est susceptible et n'aime pas qu'on lui donne des ordres) et il a bien du mal à s'en remettre. Non pas tant physiquement (tout juste une jambe pétée et un choc à la tête) que psychologiquement : ces jeunes, qui, d'ailleurs, continuent de l'embêter par la suite (ils cassent les carreaux de sa maison avec un boulet en fer et menacent de violer sa femme – c’est mal), il est bien décidé à les trouver et à leur faire la peau. Tout d'un coup, c'est l'Alan qu'on ne reconnaît plus, l'Alan qui rentre dans une spirale de vengeance en ignorant les appels au calme de sa femme... Certes, ce petit jeune gommeux, en meneur de bande, n'a pas inventé l'huile, mais c'est juste un jeune con comme on en crée à chaque époque... C'est surtout l'Alan qui inquiête, lui l'homme mur, posé, sage... Il se prend la tête avec le Commissaire (le toujours impeccable Rod Steiger), engage un privé mal dégrossi, s'achète une arme... Bref il file un mauvais coton et l'on sent venir gros comme une maison la belle grosse connerie du citoyen de droite qui joue au justicier...

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Dommage que la mise en scène, disais-je, manque autant de relief et qu'Alan Ladd donne plus l'impression d'un bout de bois cravaté que celle d'un véritable homme d'action... Oui, on sent inévitablement qu’il plonge en enfer (il suit même une donzelle mineure en bagnole (il pense que c'est celle des agresseurs) et se retrouve ridiculement en prison... Pauvre Alan tout contrit) et il y avait quelque chose d'intéressant à explorer dans ce scénario éminemment dramatique. Malheureusement Leacock manque un peu de savoir-faire pour faire monter la sauce ou diriger ses personnages secondaires (il y a "le jeune qui panique" et "le jeune qui se self-control » : ce sont les deux seuls options). Au niveau du casting féminin, outre la grande classe de Jeanne Cooper dans le petit rôle de la mère de Bill, Dolores Dorn, la femme d'Alan, manque également un peu de piquant avec ses constants regards de chien battu... (elle devient presque enfin crédible lorsqu'elle se fait agresser sur la fin mais j'ai du mal à justifier la chose...). Alan Ladd, disons-le franchement, fait franchement de la merde et sera indirectement responsable de la mort de deux hommes - remonté comme une cocotte-minute, il tend l'atmosphère et chacune de ses décisions en solo s'avère guère probante... Un petit thriller qui démontre toute l'inutilité du gars de droite lorsqu’il monte sur ses grands chevaux. Un peu trop propre et lisse, comme le brushing d'Alan Ladd.

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