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Bien paresseux, ce western, réalisé pourtant par un assistant d'Orson Welles. Sur un scénario qui ne tient pas la route une seconde, Wilson réalise un machin plein de trous et d'incohérences, oublie de diriger ses acteurs et, malgré les bonnes intentions, délivre un film exsangue et tout boiteux. Dès le départ, le naufrage s'annonce : Matt Weaver est interprété par un jeune George Segal absolument nul, il suffit de le regarder courir en zig-zag sur les scotchs pour s'en apercevoir. Le gars donc rentre chez lui après la guerre de Sécession pour se rendre compte qu'un salopard s'est octroyé ses terres et les a vendues. Ni une ni deux, le gars flingue le nouveau proprio et va demander des comptes au spolieur. Mais celui-ci (le caricatural Pat Hingle) est le maître de la ville, et retourne toute la population contre le jeune homme ; il va même jusqu'à engager un mercenaire sans pitié (le trouble Yul Brynner) pour liquider le gars. Notre mercenaire (de minuit, dit le titre français, et j'aimerais bien qu'on m'explique) exécutera-t-il sa sinistre tâche ? ou, par amour pour la belle Ruth (la transparence faite actrice), épargnera-t-il icelui ? Le film est tout entier concentré sur l'attente du fameux jour J, notre homme froid et sans pitié étant gagné peu à peu par un dégoût des gens qui l'ont engagé et par une remise en question de ses principes moraux et politiques.

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Ce ne serait que ça, on voudrait bien attendre le duel final sagement nous aussi. Mais les scénaristes ont voulu densifier les personnages, et notamment le mercenaire, par une bio qui finit par être aussi lourde que peu crédible : Jules Gaspard D'Estaing (oui, c'est son nom) est un Créole issu de l'esclavage, et a transformé la douleur de son passé en misanthropie et en violence. Il trouve donc dans le paria qu'il est censé assassiner un alter-ego : celui-ci est un rebelle dans son camp, et son côté "seul contre tous" finit par rencontrer un écho chez le mercenaire. Son opinion se retourne alors complètement, lourdement, et Brynner aimerait bien donner à son personnage la complexité dûe : monstre froid au début, il se change comme une fleur en cow-boy au grand coeur. Il va même se retourner contre la ville entière, dans une scène un peu gênante et incompréhensible où, bien bourré, il se met à détruire méthodiquement le décor, devant les yeux effarés de la population On veut bien croire que la fascination presque mythique qu'il engendre empêche toute offensive contre lui, mais là, quand même il est en train de détruire le saloon, bordel... Pour punir le gros méchant, il le fait mettre à genoux devant un âne et réciter un mea culpa niaiseux : on en attendait un poil plus, vue l'attente... Bref, le film accumule les maladresses et les scènes ratées, beaucoup aussi à cause des acteurs, Brynner en tête : il est d'un bloc, alors que pour jouer un scénario aussi acrobatique, il aurait fallu de la dentelle. Le face-à-face final n'arrivera jamais, et on quitte ce film comme Yul : un peu dubitatif, pas très sûr de ce qu'on vient de voir.

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