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Sujet hautement explosif à notre époque macro(n)puritaniste (les amours entre un photographe et une fille de douze ans dans un bordel de la Nouvelle Orléans en 1917 - Morano avale de travers, Boutin s'étrange : deux de moins) traité de façon très sobre par Louis Malle la Tendresse ; s'il y a un plan ou deux un rien dommageable (montrer subrepticement l'enfant Brooke Shields nue qui prend la pause - on pouvait s'en passer), l'ensemble reste d'une grande pudeur, Malle ne donnant jamais l'impression de mettre le spectateur en position de voyeur ; c'est déjà une gageure et c'est forcément tout à l'honneur du Louis. Maintenant que vaut vraiment le film sur le fond et la forme, une fois que l'on évacue d'un revers de la main les éventuels polémiques sur le choix du sujet ? Franchement, il y a pas de quoi fouetter un chat... Louis (et l'ami Sven Nykvist à la photographie) tentent de rendre l'ambiance de ce bordel ricain début du siècle : jeunes femmes en blanc, clientèle bon enfant et climat familial. Bon. Et ? Susan Sarandon exhibe ses seins (ok) puis sa fille (Brooke) qui badine de plus en plus avec les clients. On est bien d'accord qu'il ne s'agit pas de la meilleure éducation, mais la chtite Brooke se fond dans le moule (si j'ose dire) avec une certaine facilité... Viendront ensuite les amours avec ce photographe qui rôde dans l'établissement (pas un violent le Keith Carradine, avec son allure aussi molle que sa barbe est douce) mas là encore pas de scènes torrides too much qui feraient grimper au rideau une bourgeoise de la Manif pour tous... La morale est presque même préservée puisque la chtite finira par quitter et le bordel et son homme pour suivre sa mère, consciente de l'importance de lui donner enfin "une éducation" - la Brooke paraît encore tellement innocente, hum...

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Ce n'est pas le film de Malle qui jouit de la meilleure presse et ce n'est pas immérité : le gentil petit minois de Brooke illumine ça et là la pellicule mais ses petits airs d'enfants déjà mature et ses minauderies peuvent parfois tout autant agacer. L'action, disons-le, patine mollement, au point qu'on finirait presque par se demander quel était vraiment le projet de Malle : se focaliser sur cette histoire d'amour qui tourne court (bof), faire un portrait "historique" de ces anciens bordels (les filles semblent toutes plus ou moins interchangeables et seule la patronne (millénaire) donne un peu de cachet à l'entreprise),... ? On est rapidement un peu à court d’idées dès lors qu'on tente de vouloir cerner les tenants et les aboutissants de la chose ; si l'on évacue l’âge trop tendre de Brooke, il ne reste que voilures et tenues légères, ce qui ne suffit pas en soi à passionner le spectateur. On sent chez cet éternel jeune homme de Louis une réelle fascination, une certaine envie, à montrer cette trop jeune femme essayer de grandir trop vite (bon, pourquoi pas) mais il n'y a franchement que guère d'éléments pour construire un vrai débat de fond... Un tout petit film de l'ami Louis qui parvient, sur un sujet sulfureux, à faire une œuvre guère piquante.

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