uploads_13117661-7ef1-4c33-8a7d-ce962fe11dc5_ep7-depardon-img-depardon-1

Grand plaisir de retrouver un Depardon beaucoup plus modeste et professionnel, après deux ou trois films en extérieur qui ne lui ressemblaient guère. Renouant avec une forme hyper radicale, qui a fait le succès de ses grands films, il ajoute un volet à ses oeuvres sur la folie, en filmant les auditions d'individus enfermés contre leur gré en hôpital psy. 12 jours après leur incacrcération, ils doivent passer devant le juge qui décidera de la reconduite ou non de leur séjour chez les félés. Autant le dire : de la dizaine de personnes qu'on voit défiler, pas une seule ne sera libérée. Mais quand on voit leur état, on se dit que c'est pas dommage. Depardon installe trois caméras dans le bureau du juge : une sur le sujet, une sur le juge, une qui prend un plan plus large incluant les témoins et avocats du débat. Point. Ce système austère, une fois de plus, en dit beaucoup plus long sur la teneur de ce qu'on est en train de regarder qu'un dispositif compliqué : presque politiquement, le réalisateur filme cette entrevue comme un face-à-face (montage au cordeau du champ contre-champ), comme deux paroles opposées qui n'arrivent pas à se convaincre. D'un côté, le discours très officiel et formaté de la justice, sage, apaisé, de l'autre le chaos incohérent et les délires des malades, les deux n'arrivant jamais à se rejoindre. Loin de ne filmer que la parole, Depardon aime cadrer sur les longs silences, sur l'écoute (butée, anxieuse, effrayée ou carrément vacante) des fous, sur leurs regards parfois terrible, sur leur désarroi qui pointe devant l'incompréhension de ce qu'ils sont en train de vivre. Il fallait ce procédé simple, cette opposition sans nuance dans le placement des caméras pour obtenir ces moments prodigieux. Les malades défilent, des plus innocents (une employée d'Orange qui fait un burn-out, une mère de famille à qui on a pris l'enfant) aux plus inquiétants (ce type qui entend des voix "de chaise électrique", ce gars qui a tué une femme de 13 coups de couteau, ce parricide en plain déni), et c'est à chaque fois le même constat : le discours n'est pas adapté, leur folie est irrémédiable, la cérémonie à laquelle on assiste est vouée à l'échec.

3784691

raymond-depardon-12-jours-hopital-psychiatrique-bande-annonce-une

Une grande tristesse émane donc de ce film assez desespéré, même si, parfois, émergent un trait d'humour ou un éclat de poésie ("J'ai la folie de l'être humain, monsieur le juge, et la démence du dément !"). Depardon sait comme personne nous happer par l'observation pure et simple de la parole vers les êtres, à la fois extérieur à eux et en profonde empathie avec eux. Il aère malheureusement ces moments forts et intenses par des plans extérieurs moins réussis. Si on aime ces plans kubrickiens le long des couloirs fantomatiques de l'hosto, on reste plus dubitatifs devant ces cadres lourdement symboliques sur l'hôpital pris dans la brume, sur des routes hivernales (et ce panneau "ralentisseur"), accompagnés par la dommageable et lourde musique de Desplats. Comme si Depardon avait voulu induire ce qu'il fallait qu'on pense de ces scènes d'entrevue, nous prenait par la main et nous imposait une lecture. Voilà une tendance qu'il avait toujours réussi à éviter jusqu'à maintenant. Si on enlève ces scènes, on obtient un film fascinant sur l'aliénation, sur ce très léger basculement qui transforme un gars normal en fou, et sur l'incapacité de la société à vivre avec eux.

12-jours