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George Sherman réalise un western honnête, soigneusement filmé, qui s'intéresse plus aux arcanes de l'Histoire qu'aux personnages : ce qu'on voit à l'écran, malgré le manque parfois évident de moyens, ce sont des grands mouvements d'armées, filmés dans de splendides paysages de canyons menaçants et de désert désertique. Il s'agit en effet de raconter assez honnêtement la bataille d'Apache Pass qui opposa le révolté Cochise à l'armée américaine et qui fut, il faut le reconnaître, un bon gros massacre dans les deux camps. Le brave Cochise, victime d'une entourloupe félone de la part de va-t-en-guerre, est contraint de déclarer la guerre à ses amis les Blancs, après une longue période de cohabitation, voire d'entente, entre eux. Il faut dire qu'il est bien poussé par le sauvage Géronimo, qui représente l'opinion opposée quant au rapport avec les Blancs : pour lui, il faut massacrer, et il va peu à peu convaincre le pacifiste Cochise de la nécessité de la confrontation. Ce ne sera que lorsque les tuniques bleues sortent les canons, une arme alors inconnue des Indiens, que ceux-ci devront accepter leur défaite (leur tronche quand les premiers obus tombent est impeccable). Bref, Sherman filme donc en plans larges cette guerre, et c'est dans les scènes de combat gigantesques qu'il est le plus habile : dans des cadres magnifiques, laissant les 3/4 de l'écran littéralement bouffés par des ciels immaculés, il montre de petites silhouettes se massacrant allègrement sous le soleil de l'Arches National Park. Sherman n'a pas les moyens des meilleurs cinéastes que lui, mais s'en tire plus que bien en organisant tout un dessin de mise en scène, privilégiant les plongées et les plans d'ensemble, s'arrêtant très longuement sur les mouvements d'hommes et les ambiances de bataille.

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Autre fait remarquable et louable : le film est la plupart du temps vu du point de vue indien, et constitue une vraie réhabilitation de ceux-ci. Dès la première scène, on est plongé dans leur univers, et le film ne cessera d'y revenir, pour filmer le quotidien des Sioux (le fils de Cochise puni, la construction du wigwam, les danses...), montrant avec un grand respect la noblesse de ces gens-là. Les agissements condamnables des Blancs sont montrés comme plus sauvages que les Indiens eux-mêmes, et notre coeur balance très clairement du côté de Cochise aux dépends de l'infâme Baylor et de son sbire Mescal-Jack. Il y a même de très jolis cadres sur les femmes indiennes, dignes devant leurs époux qui tombent comme des mouches. Les scènes d'action, comme ces deux bagarres inter-claniques (Chiricahuas contre Sioux), sont parfaitement spectaculaires, on apprécie. Après, c'est vrai que le film a du mal à nous présenter des personnages un peu épais, et échoue à glisser la petite histoire dans la grande : casting féminin très faible, héros anonymes, on se désintéresse vite des destins individuels. Restent un beau film au point de vue original, des paysages grandioses et une honnêteté sans faille dans la narration de ce fait sanglant.

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