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Encore un de ces documentaires complètement admiratifs de leur sujet, qui n'y voient aucune faille, qui ne s'intéresse qu'à la grandeur et à la chute des idoles : Berg réalise le même film que les 8 milliards d'autres, hagiographiques, un peu con-con, et passe allègrement à côté du seul sujet qui nous intéressait : la musique. En l'occurrence celle de la mystérieuse Janis Joplin, star éphémère du blues, qui  a marqué toute une génération avec sa voix extraordinaire puis s'est éteinte à 27 ans frappée par l'habituel shoot d'héroïne de trop. Mystérieuse, car après tout, il y a peu de films sur elle, et son destin fut un peu particulier. La meilleure partie du film est celle qui s'intéresse à l'avant, à cette jeunesse complètement gâchée : Janis était laide, normale, habitant une petite ville sans histoire là où elle rêvait de grand destin. Le rejet qu'elle eut à subir de la part de ses camarades de classe a peut-être bien ouvert la voie à son talent : c'est pour se sentir aimée qu'elle se mit en tête de pousser la chanson, pour lutter contre les sarcasmes, et ce besoin de plaire à tout le monde, sur lequel le docu revient souvent, est l'aspect le plus touchant de cette personnalité. Formidable archive que celle où elle revient dans sa ville natale pour les 10 ans de sa promo : elle est perdue, triste, amère, comme si ce retour n'était pas une vengeance mais une volonté de se faire aimer même par les connards qui l'avaient baptisée "le garçon (sic) le plus moche du lycée".

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Les archives précieuses ne manquent pas dans le film, notons-le. Images de concerts où la présence hantée, surpuissante de la belle, éclate dans des prestations hystériques, images d'intimité avec ses musiciens qui montrent une Janis plus que présente, excentrique, lettres à ses parents, très touchantes, où elle apparaît jusqu'au bout comme une fille normale, aimante et fabriquant sa carrière à l'arrache, interviews télévisées sous influence, et surtout plans nombreux où, visage relâché, elle semble comme gagnée par une grande tristesse intérieure. Entre ces images intéressantes, Berg filme longuement les collaborateurs, musiciens, frères et soeurs, amants et amantes, de Joplin, qui viennent tous témoigner de son génie et de sa beauté. C'est l'habituelle litanie d'anecdotes plus ou moins intéressantes et qu'on imagine plus ou moins authentiques également, pas un seul pour mettre un bémol, pour ouvrir une brêche ou pour questionner ; seul Pennebaker émettra une petite critique sur la voix de Joplin (qu'elle ne contrôlait pas, et au vu de certains concerts, c'est évident). Pour tout le reste, Janis était grande, unique et sublime. Pourtant, quand on revoit sa performance à Woodstock, par exemple, on peut trouver qu'elle en fait trop, qu'elle est en roue libre, et il aurait été intéressant de comparer cette période-là avec la dernière phase de son travail, beaucoup plus contrôlée, bien plus belle. Berg préfère s'intéresser au mille et une rechutes dans la drogue, aux petits amis qui valsent, aux ruptures et aux amitiés indéfectibles, fabriquant toujours le même film sur une musicienne, mais qui ne s'intéresse pas à la musique. Jamais rien sur les paroles des chansons, jamais rien sur les orchestrations, jamais rien sur l'écriture elle-même, jamais rien sur la place de cette musique dans l'histoire, jamais rien sur ce qui a fait la gloire de Joplin et lui a conféré cette place unique. Il nous faudra nous contenter d'écouter les chansons, très nombreuses dans le film, et tenter d'en tirer nous-mêmes les conclusions sur leur beauté. Il y a toujours un matériau et toujours un film à réaliser sur cette gamine maladroite, seule et frustrée qui a su remplacer toutes ces tares par une puissance vocale, un sens du rythme et un feeling extraordinaires.

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