The Proud Rebel 1

On n'a plus rien à apprendre à Michael Curtiz quand il s'agit de tresser une petite aventure sentimentale et mouvementée, et pourtant il arrive encore de tomber par-ci par-là sur de vrais petits trésors. Le Fier Rebelle aurait tout pour déplaire, mais le sens de la mesure, la science des personnages et surtout ce sentimentalisme technicolor lui siéent à merveille, et on ressort de ce mélodrame westernien les larmes aux yeux. Notons tout de suite la grande responsable de cet émerveillement : Olivia de Havilland, qui réussit une performance admirable, aussi bien en utilisant toutes les ressources de son joli minois vieillissant que par l'utilisation de son corps. Elle est parfaite, dans ses postures : observez sa manière de bouger dans la dernière scène, chaque placement de mains, chaque position de son dos est une merveille, on a l'impression de voir bosser une de ces actrices japonaises, et rien que la voir suffit à justifier la vision de ce film. Elle interprète ici une femme solitaire, propriétaire d'une ferme convoitée par la famille de méchants du coin. Elle est prête à céder, mais arrivent alors en ville un Sudiste tout aussi solitaire qu'elle (Alan Ladd) et son fiston muet : la vision horrible de la mort de sa mère a rendu le petit gars mutique, et dès lors le père sillonne le pays pour trouver un docteur capable de soigner son handicap. La bonne fermière va prendre le duo sous son aile, peu à peu apprivoiser la sauvagerie du cow-boy et lutter contre les exactions des vilains (dont Harry Dean Stanton, 12 ans et demi à l'époque).

The Proud Rebel 24 Alan Ladd, Olivia de Havilland

Je disais que le truc avait tout pour déplaire, car Curtiz use et abuse de son style un peu mièvre, et transforme son western en jolie histoire rose bonbon qui peut agacer. Dès le premier plan, qui montre le gamin sourire comme un crétin en découvrant les paysages du Nord et en caressant le gentil toutou, on grimace. Mais peu à peu, le mélodrame convainc, peut-être à cause de la sobriété que Curtiz met dans tout ça. Sans en faire trop, il dresse un portrait très émouvant de ce trio de bras-cassés face à l'adversité. Le film regorge de séquences adorables, qui sont finalement assez loin du genre : un chien qui rassemble un troupeau de moutons, les simples scènes de bonheur conjugal qui n'ose pas dire son nom, la bouleversante séparation du petit (très convaincant David Ladd) d'avec son chien, la pleiade de seconds rôles attachants, tout ça forme un film hybride, qui s'éloigne des codes classiques du western, à cheval déjà sur la modernité du cinéma des années 60 (attrait pour la psychologie, pour le documentaire) mais toujours tourné vers le genre (on a notre lot de fusillades et de grands espaces). L'histoire, simple et racontée avec sensibilité, ajoute à cette beauté, renforcée par la force des personnages et par les nombreuses aventures qui leur arrivent : Alan Ladd est dans ses pantoufles, mais interprète un personnage digne, honnête, souvent dépassé, dont la sauvagerie cache mal les sentiments naissants qu'il a pour Havilland, capable de faiblesses (il vend le chien bien aimé, puis regrette son geste et fait tout pour le récupérer) et de forces (quand ça doit fighter, il y va), complexe et passionnant. Certes, le film est parfois un peu propagandiste, le Sudiste gentil, les Nordistes méchants, et les personnages sont un peu tranchés (la famille des Burleigh est parfaitement immonde) ; mais après tout il faut ça pour un mélo, et on accepte avec bonheur la chose. Curtiz se montre là-dedans modeste, au service de son histoire et de ses acteurs, sans rien renier de son savoir-faire : quelques profondeurs de champs, quelques beaux couchers de soleil, des cadres toujours au taquet, sont là pour nous rappeler qu'on n'a pas affaire au premier venu. On se coule là-dedans comme dans un bain chaud.

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