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Pascal Laugier a réalisé Martyrs, qui avait au moins le mérite d'insuffler du gore dans le cinéma français. C'était à peu près son seul mérite, certes, mais ça peut pousser, sur un samedi soir un peu cossard, à regarder ce Tall Man qu'on annonce comme un film plein de twists et de tiroirs secrets. Ça commence comme dans un bon vieux Stephen King, et on est tranquille dans ses pantoufles : un village au fin fond de je ne sais quelle région pleine de rednecks et de consanguins, une série de disparitions d'enfants, une légende urbaine qui veut que ce soit un mystérieux "Tall Man" qui enlève ces gosses, tout le monde est sur les nerfs. Laugier est plutôt habile pour dresser son décor, à grands coups de vastes plans ruraux parfaitement inquiétants : le paysage qu'il a choisi, plein de forêts sombres et de petites routes désertes, est un cadre viable pour ce thriller horrifique, et le gars sait en rendre les motifs inquiétants. Autre atout : une actrice vraiment pas mal, Jessica Biel, en charge du seul rôle (au début !) pas trop déviant de la chose. Elle campe une infirmière, jeune veuve qui vit avec son fils. On sent bien la  chose advenir : le tall man va venir s'emparer du bambin. Mais la Biel est une warrior, on ne pique pas impunément ses gosses ; ça va donner une séquence impressionnante, le climax du film, où, à travers une scène d'action très fluide, très simple dans son tracé (une femme veut récupérer son gosse, un homme veut le lui prendre), dans un décor unique (la petite route forestière, un camion), Laugier envoie du bois dans le genre "survivor". Beaucoup de soin apporté à cette scène, qui impressionne vraiment par sa lisibilité avec trois fois rien. Même dans la douleur, Biel joue magnifiquement la nana qui s'accroche coûte que coûte, qui ne lâche rien. Quelques bleus plus tard, quelques jets de sang plus loin (ce qu'on appelle faire couler une Biel), c'est fatal : la belle est séparé du petit.

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C'est alors que le film prend un virage scénaristique improbable, qui vient peu à peu le planter dans le mur. Au début, on est amusé par ce coup de théâtre, on n'ose trop y croire, et on se dit que si le scénario tient, ça va être marrant. Mais le scénario malheureusement, ne tient pas grand-chose. Difficile d'en parler sans gâcher la chose. Disons alors que la redistribution des rôles, d'abord intrépide, vire peu à peu au n'importe quoi. Laugier bouche les trous d'invraisemblance de son récit à la truelle, mais les trous finissent par se voir vraiment. Ah certes, il va jusqu'au bout, essaye de tenir sa barque coûte que coûte. Mais le film s'enfonce peu à peu, on ne sait plus qui suivre, sur qui se projeter, et malgré une actrice qui se démène comme un beau diable, on se désintéresse de cette histoire. Dommage, parce que Laugier ne mise pas tout sur son histoire rocambolesque ; il pense aussi à sa mise en scène, et si on oublie quelques gadgets horrifiques à la petite semaine, parvient de temps en temps, encore, à étonner dans sa façon de filmer son personnage, dans son rapport avec elle. Il parvient même à nous faire adopter le point de vue d'un personnage monstrueux, petite audace qui peut faire jaser (la fin est totalement immorale) mais qui montre sa personnalité. Un caractère de metteur en scène saccagé par le sacro-saint scénario à tiroirs multiples : quand Laugier réalisera un petit polar, je serai le premier à payer mon ticket. Pour l'instant, un ratage.

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