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Chine, Huzhou, 18 000 entreprises de confection, 30 000 ouvriers : avec des horaires qui feraient tiquer quelque peu des syndicalistes français (de 7h à minuit avec une petite pause déjeuner), de jeunes chinois cousent, repassent, emballent dans une ambiance qui ne fait pas vraiment penser à la fête du slip... On est là pour travailler et gagner une misère de l'heure (1 à 2 euros) : mais c'est toujours mieux que rien, ma bonne dame, hein, pour ces Chinois(es) qui viennent de provinces déshéritées. Wang Bing, fidèle à ses habitudes, laisse tourner et tourner sa caméra pour capter des tranches de vies d'une poignée d'individus. Il y a ceux qui arrivent (15 ans, c'est le bon âge pour rentrer dans la vie active...), ceux qui s'abrutissent du matin au soir en cousant de façon mécanique, ceux qui craquent et s'en repartent chez eux. Le film, c'est le moins qu'on puisse dire, n'a rien de passionnant car ces pauvres vies ne sont guère passionnantes... On coud, puis on a le contre-coup et on a peine la force de vouloir sortir, de rencontrer des gens... Au mieux on continue de s'abrutir en consultant son téléphone portable. L'épisode sans doute le plus marquant de la chose est le règlement de compte violent auquel on assiste entre un homme et sa femme qui viennent d'acheter une boutique depuis un mois. Sous pression apparemment, Il veut jeter sa femme, elle veut comprendre sa réaction et avoir de l'argent, il l'insulte tant et plus et la frappe au visage ou fait mine de vouloir l'étrangler. C'est brut de pomme : elle reste stoïque face aux coups, l'autre avorton ne cesse de faire les cents pas sans avoir grand-chose à dire et quatre amis matent la scène en prenant du temps pour intervenir. Rugueux, glacial, glaçant, une séquence qui résume parfaitement la violence sociale de ces vies et l'ambiance générale de cette œuvre. On bosse comme des cons pour quelques yuans, pour des patrons plus pingres qu'un Auvergnat, pour des acheteurs en gros qui paieront au plus bas, pour des clients comme nous qui ne s'étonnent même plus de ne trouver en magasin que du made in China (ah ben c'est pas cher...). Le documentaire nous montre ces rues affreuses où tous les apparts et les magasins se ressemblent (l'uniformité, diable) dans lesquelles errent des âmes déjà mortes, des individus ectoplasmes piqués par l'aiguille empoisonnée de leur machine (métaphore). Un doc édifiant, pas franchement olé olé certes, qui donne à voir le quotidien de ces ouvriers des temps modernes. Et Bing.   

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