Adieu_Mandelay

Un film taïwanais a priori bien dans les codes habituels, lent et simple comme il se doit, mais qui révèle ses beautés à la longue, et qui devient peu à peu envoûtant et ma fois bien intéressant. On est dans une ambiance weerasetakulieno-houhsiaohsienoise dans cette chronique subtile du destin de Liangqing, jeune Birmane d'aujourd'hui qui émigre clandestinement en Thaïlande pour y faire son beurre et nourrir sa famille. Elle y croise Guo, même destin qu'elle mais ambitions différentes : elle veut absolument des papiers officiels du pays, pour pouvoir vivre sa vie en pleine lumière ; il est prêt à toutes les concessions pour revenir en Birmanie avec du blé, si possible marié à une fille du coin, et si ça peut être la pimpante Liangqing, eh ben pourquoi pas ? Le film avance mine de rien, très simple dans son dessin, de longues séquences fixes en plans-séquences immobiles. Il privilégie dans ses deux tiers une approche quasi-documentaire : on découvre que la vie est une chienne pour une sans-papier dans ces pays-là, et que pour éviter la prostitution, le racket, les entubes, les licenciements abusifs, les accidents du travail et les délogements, il faut savoir ruser et surtout être dôté d'un bel entêtement. Heureusement, notre Liangqing ne lâche rien, obstinée vers son but : ces putains de papiers. Ce qui touche dans ce film amer, c'est non seulement la rigueur de sa mise en scène mais c'est aussi la beauté des personnages, la subtilité avec laquelle Midi Z les regarde, mélange d'empathie et de moquerie. Les amours maladroites entre les deux tourtereaux font sourire, mais l'âpreté de leur existence fait frémir. Dès le premier plan, Midi Z choisit de filmer surtout des trajets, plus que des situations. Comment on passe la frontière, comment on traverse la campagne pour aller affronter la bureaucratie véreuse de la ville, coment on passe de bureaux en bureaux à la recherche d'un job ou de la fameuse carte d'identité... Ces longues séquences de déplacements, prises entre des plans fixes magnifiquement cadrés (superbe plan que celui de cette jeune fille prise dans les fils de lin qu'elle noue ensemble) évoquent une errance qu'on imagine malheureusement un peu désespérée.

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Et ce sera le cas. Dans la dernière partie, Midi Z se lâche un peu et fictionnalise sa trame. C'est d'abord une séquence éprouvante, assez kitsch mais effrayante pour cela même, où il tente de symboliser la prostitution de son héroïne par un varan posé sur son oreiller: les phobiques des reptiles passeront leur chemin, ceux que rebutent les allégories un peu appuyées également, mais j'ai trouvé cette séquence très belle, et très habile. Elle permet d'éviter de montrer carrément les choses, ce qui pour un film de ce type, est pertinent ; et elle évoque puissamment la violence sexuelle, la possession, la monstruosité de ce qui arrive à la jeune fille. La scène finale, que je ne dévoilerai point, termine ce film doucement révolté dans les cris, et cette séquence, qui détonne dans l'ensemble du bazar, est là aussi efficace pour ça : on ne s'attend pas à cette conclusion et on demeure un peu assommé devant son écran. Au final : un beau film hypnotique et rigoureux, qui comporte son lot de comédie, de légèreté, de lumière, mais qui chronique aussi la vie d'une façon bien amère. Une réussite.

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éditeur : Arte, sortie du DVD le 13 septembre 2017, son site et sa page Facebook.
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