058bfeda4322ef90ad381a6774f40b84

C'est toujours comme ça quand Noël approche : j'ai envie de comédies musicales. Un petit coup d'oeil donc vers ce petit film un peu oublié, qui comporte pourtant à l'affiche deux monstres sacrés : Rita Hayworth et Fred Astaire. Sûrement légèrement tourmentée en cette bienheureuse année 1942, l'équipe s'exfiltre au Mexique, ajoute une touche mariachi à ses romances, trouve un vague scénario prétexte pour faire virevolter ses stars et le tour est joué. Celles-ci sont d'ailleurs en mode "je fais ce que je sais faire et pis voilà" : sourire éclatant et gambettes découvertes pour Rita, air d'abruti et humour bon-enfant pour Fred, ils ne se forcent pas trop. Mais le film n'en a guère besoin : il s'agit d'une niaiserie cousue de fil blanc, à base de mariage impossible, de quiproquos incroyables et de "je t'aime moi non plus" dont on sait très bien que ça va se terminer en "je t'aime et je t'épouserai et viens danser". Les acteurs font le job sans forcer, Seiter met la caméra en face de la piste de danse et va prendre l'apéro, et on s'ennuie fermement pendant une grande partie du métrage, qui n'a rien à proposer d'autre que de gentils clichés sur la guerre des sexes. Ça minaude, ça jacasse comme des dindonneaux, ça se pare de mille robes éclatantes côté féminin, ça fume le cigare, ça rajuste son noeud papillon et ça tempête côté masculin, on n'en sort pas. Delmer Daves au scénario tente bien de mettre quelques saillies drolatiques dans ces dialogues, mais rien n'y fait, c'est pataud c'est pataud. On comprend bien qu'il fallait distraire les masses à cette époque, on apprécie ces tentatives de rapprochement avec l'Amérique latine (à des fins stratégiques ? naaaaan), mais aujourd'hui, ce genre de film sent le faisan.

Screen Shot 2012-05-29 at 2

Et puis, voilà, c'est ça la magie : il y a les numéros dansés. Et là, les enfants, ça fait oublier toutes les réserves et ça justifie entièrement de se taper ces longues minutes de romance fanée. Parce que le duo Astaire-Hayworth s'entend comme rarement quand il s'agit de faire péter le numéro de claquettes ou d'assouplir un entrechat. L'osmose est parfaite, et c'est un enchantement de voir avec quelle aisance, avec quelle (fausse) facilité nos deux tourtereaux se livrent à ces savantes chorégraphies mêlant subtilement classique, jazz, claquettes, danse de salon et comédie. Sans jamais se départir de leurs sourires éclatants, les deux lèvent la jambe exactement au même niveau, tout en suspension et en ruptures de rythme. C'est virtuose, mais sans jamais qu'on voit la virtuosité. J'ai toujours eu un peu de mal avec la danse d'Astaire, trop classique selon moi, mais la présence de Hayworth semble lui donner un nouveau souffle, c'est même souvent elle qui mène la danse, et on en prend plein les mirettes. Le sommet du truc, c'est cette chorégraphie qui commence simplement par une chanson ("You were never lovelier") puis déboule sur un moment échevelé mais tenu d'une main de fer, 5 minutes de pur bonheur déconnecté de toute réalité et de toute loi de l'appesanteur à la con. Du Cinéma. Bon, 5 minutes sur 1h30, certes, mais tout de même...

lovlelier-fred-astaire copy