vlcsnap-error202

J'aime beaucoup Shohei Imamura mais je dois reconnaître que lors de cette seconde tentative, L'Anguille m'a encore un peu glissé des mains. Non pas que je me sois particulièrement ennuyé à la vision de cette histoire à la fois tendre, triste et échevelée... Juste pas totalement passionné… Le départ est pourtant toujours aussi saisissant : un homme, jaloux de découvrir sa femme avec un autre, la trucide de douze coups de couteaux (je me suis arrêté de compter à un moment). On retrouve notre homme huit ans plus tard, à sa sortie de prison ; il veut ouvrir, dans la cambrousse, un petit magasin de barbier et semble vouloir se contenter de discussion avec sa nouvelle confidente : une anguille (c'est un peu comme la carpe mais parfois un peu plus fin dans la répartie). Il va, un peu malgré lui, faire la connaissance avec des gaziers du cru (un pêcheur d'anguilles, un obsédé de soucoupes volantes, un chtit mafieux, un flic...) ; il va surtout rencontrer, suite à une tentative de suicide de la belle, une copie conforme de sa femme ; celle-ci va littéralement se dévouer à lui... Mais est-il vraiment capable de refaire sa vie ?

vlcsnap-error343

vlcsnap-error695

On sent un certain symbolisme planer tout du long sur la chose : la jalousie (notre homme n'a-t-il pas simplement été victime d'hallucinations  lors du meurtre?), l'impuissance voire la stérilité... En prenant l'anguille comme métaphore filée tout au long de son récit, on ne cesse de revenir aux relations homme/femme, au fait de vivre ensemble ou au processus de procréation. Autant d'idées qui, sans même qu'il en ait toujours forcément conscience, hantent l'esprit de notre héros... Il est d'ailleurs aussi beaucoup question de difficulté à communiquer dans ce petit monde campagnard où chacun semble se renfermer dans sa petite capsule de survie... On apprécie surtout la sorte de poésie qui se dégage de la rencontre entre la jeune femme "suicidaire" (toute dévouée et pleine de bonne volonté) et ce taiseux qui ne cesse de rester sur ses gardes, par rapport aux autres mais aussi par rapport à lui-même (est-il capable de dominer ses émotions, rien n'est moins sûr). Imamura traite de ces différents thèmes un peu sur la pointe des pieds tout en se permettant quelques échappées plus délirantes (la mère starbée de la jeune femme, l'ancien amant d'icelle obsédé par le fric...) et livre un final où tout le monde se met sur la gueule - la vie est certes chaotique par certains aspects mais notre héros se verra tout de même offrir sur le fil (de pêche) un avenir plus paisible. Un film somme toute original, vivant, subtile mais qui peine aussi parfois à vraiment nous hameçonner. Une palme qui mérite certes la plongée mais sans véritable possibilité de se laisser aller en apnée...  

vlcsnap-error746

 Quand Cannes