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Kaurismäki fait dans l'épure et il est forcément agréable de retrouver notre gars Aki en pleine forme alors qu'on le croyait définitivement noyé dans une bouteille de vodka. Le cinéaste finlandais n'est point mort et montre qu'il a toujours du talent pour construire des histoires "minimalistes" (il a remplacé le décorateur par un peintre... plus besoin de meubles ni de bibelots, ça fait des économies...) qui joue finement sur la truculence (mais point trop n'en faut : l'humour à froid kaurismakien n'a jamais été aussi gelé) et l'émotion (sur la petite pointe des pieds, certes, mais elle est bien là). On suit pendant la première heure deux histoires parallèles : celle d'un homme qui quitte sa femme alcoolo (une séparation toute en silence qui fait froid dans le dos, déjà - on finira le film enrhumé, je ne vous le cache pas), vend son lot de chemises, joue au poker (dans une ambiance glaciale, j'ai fermé la fenêtre pour éviter les courants d'air), gagne et s'achète un resto tout pourave avec un personnel aussi actif que des fonctionnaires ; il est également question d'un Syrien qui débarque par hasard en terre finlandaise, demande l'asile, se la voit refuser et prend la poudre d'escampette avant d'être reconduit à la frontière ; le chemin des deux hommes finira par se croiser, notre restaurateur, sous ses airs bougons et froids, ayant bon cœur...

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Ah ben c'est vrai qu'on ne se tape pas sur les genoux toutes les cinq secondes (ce qui réchaufferait) et qu'on tape rarement du pied à l’écoute des différents groupes de zique comme à la bonne vieille école des Leningrad Cowboys (les chansons, gentiment rythmées, n'ont pas vraiment des paroles qui prêtent à la rumba)...  Mais au-delà de ça, en jouant constamment sur le fil du rasoir, l'ami Aki touche assez juste : le récit que fait le migrant de son périple devant les autorités finlandaises est d'une belle sobriété (on ne cherche par l'émotion facile, on ne mange pas de ce pain-là rassis chez l'Aki) et devient, par la bande, éminemment touchant lorsque notre pauvre gars, une fois jugé lapidairement, se fait menotter et escorter par les flics jusqu’à son centre – avant extradition (c'est un peu comme Kassovitz qui se prend un mur dans le mini-clip, plein de bonne volonté, auquel il vient de participer, voyez ; sauf que Kaurismäki n'est pas dans la démonstration lourdaude - c'est un vrai cinéaste, hein). De même, on apprécie la façon dont les situations conflictuelles (le restaurateur qui quitte sa femme sans un mot, le restaurateur qui clashe avec le migrant lors de leur première rencontre...) finissent par se résoudre simplement, sans qu'il soit besoin de deux kilomètres de dialogues ou d'explication (on se bourre le pif l’un l’autre puis on se retrouve gentiment autour d'une table dans la scène suivante). Kaurismaki est passé maître dans l'art de l'ellipse (Kaurismäki : l'humour elliptique, à paraître aux Cahiers - grand lendemain de cuite, désolé) et c'est sans doute ce qui est à la base de nos multiples petits ricanements grinçants (la tentative de restau jap, un grand moment de poilade silencieuse). Sans qu'on en prenne toujours franchement conscience, le film s'insinue lentement en nous et diffuse son petit nuage d'émotion lorsque le générique tombe : Kaurismäki signe un film malheureusement bien de son temps (l’empathie n’est pas un vain mot) et parvient, avec son style unique ultra minimaliste, à nous « toucher » intelligemment, sans aucun effet chic et choc - à l'inverse des médias en quelque sorte, une œuvre de cinéaste, en un mot.

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