Une-semaine-avec-Henry-Miller

Il est malin, Pascal Vrebos. Pour aider à la vente de son autobiographie, il lui donne le prétexte d'une rencontre avec un grand nom de la littérature américaine, Henry Miller. Hop, il cale un rendez-vous, il laisse le maître lui poser des questions sur sa vie, et emballé c'est pesé, il en vend des cartons, sous le titre Une Semaine avec Henry Miller. Il fallait y penser. Bon, voilà donc une réédition augmentée d'un livre d'il y a quelques années, série d'entretiens informels avec HM, donc, qu'il prolonge cette fois d'une entrevue avec Brenda Venus, la muse, âme-soeur, caution sociale, admiratrice, et plus si affinités, des dernières années. Au départ, touchant exercice d'admiration totale : Vrebos est un jeune homme, et comme tout jeune homme qui se respecte, il est un fanatique de l'oeuvre de Miller, qu'il dévore dans son entier, fasciné par son abord du sexe, son maniement de l'auto-fiction, son style irrépressible, son aura mythique. Il se débrouille donc pour se payer le voyage, et le voilà embarqué dans une conversation à bâton rompu avec le vieux bonze, conversation qu'il recopie scrupuleusement, en particulier donc les parties qui le concernent, lui Vrebos, son art (il est auteur dramatique), sa vision de la vie, et accessoirement celles de Miller. Bon, soyons sincères : on apprécie bien la chose, retrouvant plus d'une fois la langue millerienne, sa conception des choses sans frein et sans contrainte morale. Miller y revient sur ses éternels moments-clé (June, Cora Seward, Tropique du Cancer, Nin, ses mariages, le sexe), on n'apprend pas grand chose, mais on aime retrouver cet esprit. Surtout qu'on se rend compte qu'en ses vieux jours, Miller est toujours le roc joyeux qu'on aime, passionné par les autres, par la parole, par les gens déviants et bizarres, et par les femmes. Rien n'a arrêté le bonhomme jusqu'au bout de sa vie, c'est admirable. Dans un style sans façon, qui tente de restituer au mieux ces moments privilégiés, Vrebos tresse un chtit bouquin peinard, qu'apprécieront cela dit plus les fans du bougre que les débutants en Millerie. On a un petit aperçu subjectif du gars, on peut méditer sur sa vieillesse et sur la vie, on rigole gentiment aux excès du toujours vert vieillard, et on traverse tranquillement 80 ans de vie libre. Les dernières pages, consacrées à des photos complètement inutiles de Miller et Venus et à une rencontre qui ne donne rien avec la muse (qui apparaît cela dit étonnamment sincère, alors qu'elle a souvent été taxée de profiteuse) peuvent être zappées sans problème. Tout comme les longs paragraphes d'auto-satisfaction de Vrebos, qui, sous couvert de les mettre sous le jugement de Miller, se vautre dans le nombrilisme. Tant pis : ça reste sympa...