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Voilà bien un film qui possède the ultimate Dardenne touch ! Je ne l'avais pas revu depuis sa sortie et c'est un plaisir de rester impressionné par cette fille toujours en mouvement - en mode tracteur : fonçant droit devant elle, la tête et les épaules en avant -, une jeune femme (la Duquenne sans une once de maquillage) poursuivie comme son ombre par une caméra à quelques centimètres d'elle. C'est une donzelle qui n'a pas grand-chose (elle vit dans une caravane avec une mère alcoolique) mais qui n'en veut (si elle avait un boulot et un copain, ce serait déjà le summum... Malheureusement il lui faudra choisir). Dès la première séquence avec cette caméra collée à son train (et bing, on se prend de plein fouet deux portes dans la gueule), on comprend que la chtite à l'habitude de trouver sur son chemin des portes fermées mais qu'elle a encore la volonté d'aller de l'avant, quitte à les faire péter... Elle s'en prend violemment à son employeur qui la "remercie" à la fin de son stage : on comprend toute la détresse de cette jeune femme qui a donné semble-t-il le meilleur d'elle-même pour garder son taff et que l'on jette comme une vieille chaussette. Un autre taff lui échappe dans la foulée et elle n'entrevoit qu'une seule perspective : piquer le boulot de son copain qui vend des gaufres dans une baraque à frite (on est en Belgique, hein); comment ? Rien de plus simple, il suffit de dénoncer ses petites arnaques à son employeur (Olivier Gourmet qui n'a jamais été du genre à accepter la plaisanterie)... Mais va-t-elle vraiment pouvoir vivre ensuite avec cette basse trahison ?

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Rosetta demeure, disais-je, une expérience forte, maintes fois copiée depuis jamais égalée : on admire la détermination de la Duquenne qui telle une mouche dans une cage en verre semble destinée à se cogner partout où elle veut s’envoler ; on aime la voir enfourner ses bottes chaque fois qu'elle revient chez elle (♪ marcher dans la boue ♪) lors d'un touchant petit cérémonial : bien qu'elle soit bien décidée à faire sa vie en dehors de cet enclos caravanesque, il lui faut quotidiennement revenir dans ce camping aux allures de cimetière pour s'occuper de sa mère ; enfoncée jusqu'aux chevilles dans la mouise, on aimerait penser que sa volonté de porter sa vie (et sa mère) à bout de bras va finir par payer (ou pas) ; ou pas car nombreux sont les indices peu encourageants dans le film : les Dardenne aime ainsi à montrer leur héroïne paniquant dans l'eau (voir une scène comparable dans L'Enfant) à deux doigts de se noyer en raison de la vase ; c'est sa propre mère qui l'a poussée là et une scène tout aussi désespérante lui fera écho sur la toute fin, celle d'un œuf plongé dans l'eau bouillante, (on s'impose actuellement comme les spécialistes des œufs au cinéma) ; l'Emilie est-elle donc forcément destinée à se noyer, à baisser les bras, à s'enfoncer ?...

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Pas forcément, mes amis, pas forcément ; une autre scène aquatique répond à la première lorsque son copain se retrouve à son tour immergé jusqu'au cou dans cet étang traître : elle pourrait, l'Emilie, l'y laisser, pour avoir l'opportunité de prendre son taff (est-elle si cruelle ? Ce n'est pas elle qui est cruelle, madame, c'est la société, entendons-nous bien) ; mais elle possède encore un petit cœur qui bat, quelques gramme de conscience qui lui feront faire le bon geste pour sauver son poteau. Cela suffira-t-il à la sauver, elle ? Peut-être car on aime à penser que lors de l'épisode final (avec la bonbonne de gaz Sisyphéenne qu’elle porte à bout de bras), c'est le souvenir de son copain (celui qui lui tourne autour comme une mouche en faisant un bruit de dingue sur sa machine infernale) qui vient lui trotter dans la tête pour lui éviter de commettre l'irréparable - il y a toujours une petite touche "réalisto-symbolique" à la fin des films des Dardenne...

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J'aime aussi cette séquence (la plus pathétique du siècle dernier) lors de laquelle son pauvre copain (qui ressemble pas à grand-chose, pour être gentil) l'invite chez elle : il lui prépare du pain perdu (c'est un peu comme du saumon sans saumon : reste juste des vieux toasts) en lui faisant écouter un morceau tout pourri de batterie qu'il joue lui-même (la prochaine fois que je joue de l'harmonica bourré, dites-moi simplement non) ; la scène de danse qui s'en suit et le truc le plus raté du monde. Car la pauvre Emilie, oui monsieur, a des règles douloureuses (qu'elle garde tout au long du film ? Parfaitement) et le simple effort de danser la plie en quatre. On empathise à fond pour cette fille habillée, certes, comme un sac de chez Lidl, obsédée, certes, à mort par l'idée de gagner de la thune, malade, certes, à en crever mais dont on devine le bon fond, caché là, bien caché... Les Dardenne ont un don pour nous faire sentir son désespoir mais un désespoir qui reste positif (parfaitement) : il y a encore un petit éclat qui brille en elle (sa mauvaise consciente vrombissante) qui va lui permettre d'accéder à la rédemption (quitter ce taff et, surtout, ne pas mourir). Une anti-héroïne cent-pour-cent dardénienne qui, à l'image de leur cinéma, n'est pas toujours ultra olé olé mais empli(e) d'une sève souterraine saturée d'énergie. Une palme à l'unanimité, oeuf course.

Quand Cannes