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Argh il y a toujours quelques minutes, quand on se tape un Minnelli, où il faut avaler notre surdose de sucre, toujours un temps d'adaptation où il faut accepter cet univers rose bonbon. Ensuite, ça passe tout seul, c'est vrai. L'inconvénient, avec Ziegfeld Follies, c'est que ce temps dure environ 2 heures, et qu'on se retrouve au bout du truc tout empêtré dans la mélasse et le sirop, sans qu'on ait eu le temps d'apprécier la chose. On reconnaît le brio de la mise en scène, c'est sûr, mais le film est beaucoup trop ennuyeux, et cette fois-ci beaucoup trop mièvre pour accrocher vraiment.

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C'est une sorte de chant du cygne des grands numéros de music-hall de Broadway. Minnelli reconvoque pour un tour de piste clinquant le gotha des musicals, chanteurs d'opérette, danseurs de claquettes, comiques troupiers, stars de la pantomime, et monte façon cabaret tous ces numéros disparates ensemble. Il accuse méchamment le coup de la fin d'un certain âge d'or, puisque son film démarre au paradis, où le vieux Ziegfeld, star des théâtres, pris d'une nostalgie du bon vieux temps, décide d'organiser une dernière fois la revue des revues. S'ensuivent donc une série de numéros plus ou moins clinquants, d'où émergent quelques stars (Fred Astaire, Cyd Charisse, Judy Garland, Gene Kelly, Hume Cronyn...). Aucun lien entre les scènes, juste le plaisir de regarder au cinéma un spectacle de revue américaine comme on n'en fait plus, et comme on n'en faisait déjà visiblement plus à l'époque. On voit donc tour à tour des bellâtres entonner des airs d'opéra, des pitres (assez pénibles) interpréter des sketches antiques (les gags sur le téléphone font peine à voir), ou des danseuses guère vêtues entourer façon potiche des gros gâteaux rose et jaune et servir de faire-valoir à de suaves danseurs. Ça, c'est pour la partie ringarde. Après, il est vrai que quelques courts-métrages sont mieux, en général quand Astaire ou Kelly sont de sortie : on a même droit à la rencontre entre les deux, qu'on attend avec impatience, et qui se solde par un petit numéro pas très réussi, où les gars laissent leur virtuosité au vestiaire et se contentent d'amuser le chaland à peu de frais. Il y a aussi la partie Judy Garland, un poil plus fun et ironique, et puis cette improbable pantomime avec Astaire en Chinois qui rivalise de roulements d'yeux et de poses tragiques pour faire croire à son désarroi amoureux. Mais ça ne sauve pas l'ensemble : on passe deux heures dans les ambiances surannées d'autrefois, on soupire devant ces couleurs fluo et ces mouvements tout en rondeurs, on regrette pour une fois l'absence de scénario, et on compte les minutes.

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Heureusement, il y a la mise en scène, supérieurement élégante. Ce n'est pas à Minnelli qu'on va apprendre à bricoler un sublime travelling ou à remplir un cadre, et le gars s'éclate bien avec ce gros gâteau. Il lui permet même d'expérimenter de fort jolies choses avec le cadre : les numéros se font sur une scène de théâtre (immense, cela dit), mais il arrive à capter ça avec des moyens de cinéma, multipliant les formes géométriques (une petite préférence pour la spirale) et jouant avec les hors-champ en maître. Heureusement qu'il y a ça, ça délasse un peu les yeux, on se dit que Minnelli pourrait rendre captivant un repas du 3ème âge.

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Quand Cannes,