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On a tellement critiqué et enfoncé le cinéma anglais (aussi mou et souvent aussi peu goûtu que du bœuf cuit des heures à l'eau) qu'on ne peut que se réjouir de cet excellent polar sec comme un nerf de bœuf signé de l'excellent scénariste de la Hammer Mister Val Guest (qui fait ainsi son entrée en nos colonnes). Du générique jazzy où l'on suit une voiture de flic traversant la nuit londonienne à la course poursuite finale sur un toit, on est totalement sous l'emprise de cette enquête qui file bon train - la seule chose finalement totalement raté reste le titre français qui n'a pas grand-chose à voir avec la choucroute basque. Val Guest suit par intermittence le bourrin Inspecteur Martineau (Stanley Baker, musculeux) et l'anguille Don Starling (John Crawford). Bien que ce dernier, tout juste échappé d’une prison, ait toutes les polices anglaises à ses trousses, il trouve le moyen d'organiser un coup (4.000 boules, c'est pas rien) tout en ayant l'ambition de faire fructifier sa thune : ses hommes de mains doivent participer à des paris secrets (le principe est simple, un type jette deux pièces en l'air, faut deviner le résultat - pas besoin de s'emmerder avec des lévriers) qui se tiennent à l'abri des regards de la police – cela nous permettra de prendre également l’air en se rendant en pleine cambrousse, dans les Moors. Martineau délaisse un brin sa femme (flic est un sacerdoce) pour se donner toutes les chances de mettre la main sur cet enfoiré de Don.

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Traffic d'argent intelligemment retracé (avec des billets qui salissent méchamment les doigts), fichier passé au crible et réseau réactivé (toutes les personnes qui eurent un lien avec Don ont le droit à une petite visite de la police), déploiement impressionnant de moyen le cas échéant (pas facile d'aller arrêter tout un village qui se planque dans des collines pour s'adonner à sa passion du jeu), l'enquête est rondement menée pour ne donner aucune possibilité de fuite au rat Starling. Guest joue la carte ultra-réaliste (on a l'impression souvent de suivre Martineau en temps réel, qu'il fasse son petit taff de flic dans son bureau en passant 15.000 coups de fil ou qu'il se rende sur le terrain pour aller cuisiner un suspect) sans qu'on n’ait jamais l'impression qu'il n’y ait le moindre temps mort. Faut dire que ça dépote grave du côté de Starling qui se définit lui-même comme étant « toujours en mouvement » : l'attaque de quidams transportant du blé est plié en un clin d'oeil, l'échappée en bagnole est mené à fond les ballons (fais taire la témouine, ping, gasp elle est morte, bon balance-là dans un buisson) et notre homme de toujours aller s'introduire chez des anciennes connaissances sans redouter un quelconque danger. Cela nous donne l'occasion de faire connaissance avec toute une galerie de personnages joliment campés (de la petite blonde craquante sourde et muette à la tenancière de bar pas bégueule). On ne s'ennuie pas une seconde dans ce récit mené nerveusement (un peu comme s'il on était dans la peau de Martineau) qui nous fait méchamment vibrer lors du climax mené en hauteur : la chasse à l'homme est dans sa dernière droite et Martineau se fait un devoir de vouloir régler son compte à l'ennemi numéro un lors d'un duel dans les règles de l'art (à ses risques et périls d'ailleurs… suspens). Guest fait parfaitement son taff d'artisan et on serait prêt à le suivre jusque sur la lune (ça sent une future piste...). Pointu et nervu.

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