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On est rarement déçu par un film du gars Michael. Une nouvelle fois, il arrive à trousser un film tendu de bout en bout qui mêle adroitement histoires d'amour (plus ou moins réussies) et politique (ambition, corruption, vengeance et trahison - rien de moins). En tête de gondole, Joan Crawford (j'ai vu tous ses films, pétard, je vous jure) en petite danseuse de fête foraine (pas crédible dès le départ mais passons) entourée de trois types plus ou moins recommandables : le charmant et un peu mou Zachary Scott (SANS SA STACHEMOU !!!) qui craque pour elle mais qui doit choisir entre vie pro et vie perso ; l'adipeux et porcin Sydney Greenstreet (toujours excellent par le capital haine qu'il véhicule), shérif de la petite cité de Boldon, qui manipule le Zach pour qu'il devienne sénateur (il lui interdit de fréquenter la Joan, l’invitant à faire un mariage de raison avec une bourgeoise du cru - Scott accepte) ; et enfin le gars David Brian, solide homme politique, peu avenant, mais qui n'a d'yeux que pour la Joan sans se soucier de ses origines. Elle aime le premier sans être payé en retour, elle déteste le second qui lui rend coup pour coup, elle n'éprouve pas grand-chose pour le troisième qui la chérie... Ça risque de mal tourner ? Ça risque de mal tourner.

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Curtiz construit intelligemment le parallèle entre la trajectoire sentimentale de Joan (de l'amour à la déception, de l'esprit de vengeance à la chute (ou pas)) et la trajectoire politique des trois gaziers où le sens de l'opportunisme le dispute constamment à leur propre sentiment, à leur propre moralité (Zach ayant constamment le cul entre deux chaises, Greenstreet étant un pur pourri et Brian étant un vrai sentimental derrière une apparence de petit caïd merdeux). Tout semblait fait au départ pour jeter la Joan dans les bras du Zach, seulement voilà la vie est mal faite : il y a un petit problème de classe sociale (Flamingo Road étant synonyme de réussite sociale) qui risque bien de tout détruire... Joan tombe de haut lorsqu'elle est finalement abandonnée par Zach qui fait le choix de sa carrière politique ; on pense dès lors que le scénar sera cousu de fil blanc : elle voudra chercher à le rendre jaloux, il craquera, ils se retrouveront ensemble... Pas si simple, pas si simple mes amis, rien n'est jamais écrit d'avance dans un film de Curtiz. Un grand combat se met en branle entre une Joan, qui sait gagner le cœur des hommes et en plein ascenseur social, et ce gros enfoiré de Greenstreet, aveugle au charme féminin, qui sait à merveille manipuler les hommes. Lequel des deux aura le plus d'emprise sur Zach ou Brian ? c'est un combat à mort qui s'engage entre ces deux têtes de mule qui ne veulent céder aucun pouce de terrain, deux personnages aussi rancuniers qu'un type auquel on a volé son scooter (j'attends vos dons). Curtiz fait joliment monter la mayonnaise entre la Joan devenue soudainement classieuse sous ses fourrures et le Greenstreet qui sue par tous les pores sa saloupioterie. Beau duel, beau mano a mano entre ces deux individus qui ne sont pas tombés de la dernière pluie. Curtiz avec un vrai sens de la direction d'acteurs et du montage joue jusqu'au bout avec nos nerfs sans que l'on sache si le final sera une tragédie de film noir ou un happy end de film "romantique". Un boulevard crépusculaire (ou comment Trump parvint au pouvoir) avec quelques éclaircies crawfordiennes.

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