summerSummer est bien meilleur que ce que son exposition ostentatoire en vitrine des Maisons de la Presse laisse à penser (non, mais quel snobisme). Derrière le suspense attendu et surfait de la disparition d'une adolescente et son cortège de soupçons qui se posent sur l'un ou l'autre des protagonistes, c'est à une véritable construction d'atmosphère que se livre Monica Sabolo, sur les traces d'une Laura Kasischke ou d'une Joyce Carol Oates. Plus que la résolution de l'enquête, qui se fera d'ailleurs avec une absence d'affect révélatrice, c'est la description d'une métamorphose qui intéresse l'auteur : comment un garçon sans intérêt, vivant dans l'ombre de sa soeur parfaite, peut se révéler dans la disparition de celle-ci, et devenir lui-même dans son absence ? Avec beaucoup de justesse, en prenant son temps pour décrire les infimes changements qui opèrent doucement sur ce garçon, les métamorphoses du paysage autour de lui qui en épousent le mouvement, Sabolo travaille le concept d'attente : après la disparition inexpliquée de Summer le temps s'est comme figé dans l'attente de son retour ou de la résolution de l'enquête : accident ? suicide ? meurtre ? fugue ? Toute la "trame" du roman reste suspendue à cette question, impossible à supporter pour le frère, qui a complètement arrêté sa vie dans l'attente d'une réponse. Ce n'est pas plus que ça, Summer, mais ça suffit pour planter des atmosphères étouffantes, remplies de jeunes filles en fleurs sofiacoppola-esques, de changements naturels qui en disent long sur les mouvements intérieurs du garçon, de secrets enfouis... Des atmosphères ouatées, comme étouffées, emplies de sexe, de mort, de trouble, mais qui pourtant n'explosent jamais, retiennent tout jusqu'au bout du bout. Sabolo excelle à arrêter le temps, à figer ses phrases sur un instant, ou sur toute une période qui glace les sentiments du narrateur. Au risque de faire stagner un peu son livre, ce qu'elle fait malheureusement au milieu, n'arrivant pas à relancer l'intérêt sur 250 pages. Oui, la belle se répète, et n'a pas encore le talent de ses modèles américains, qui arrivent, eux, à faire reposer tout un livre sur le rien. Mais les efforts sont là, et le résultat aussi : la belle refuse d'ailleurs de situer son roman dans l'espace, et on a bien souvent l'impression qu'on lit un texte américain, par cet ancrage fort dans le paysage, par cette scrutation attentive d'une psychologie, par ce mélange des genres (polar, portrait), par ce style à la fois elliptique et vénéneux. Une belle réussite donc pour ce livre, peut-être un peu trop dans l'admiration pour l'instant, peut-être un peu long, peut-être pas tenu jusqu'au bout par excès d'ambition, mais déjà superbe dans son style, sa fluidité et sa justesse.   (Gols 16/10/17)


C_AD2BBWsAYuZYv (1)Je ne saurais mieux dire, cher camarade, devant ce livre aux influences et américaines et sofiacoppolesques évidentes. Vivant jusque-là totalement dans l'ombre de cette jeune fille en fleurs partie aux abonnés absents, le jeune frère va avoir comme une seconde chance après sa disparition. S'il ne cesse de ressasser les instants vécus auprès de sa sister, s'il peinera plus tard dans sa vie à sortir de la dépression suite à ce traumatisme d'enfance, il doit aussi reconnaître qu'il vivra une sorte d'épiphanie personnelle dans la foulée du drame. Il devient le centre d'attention de certaines jeunes filles (et non plus uniquement des amies de sa soeur - il y en a une en particulier dont il fut très proche et qui sera comme le fil rouge de ses amours) : totalement surpris par cette attention soudaine (comme s'il était destiné à vivre en retrait par rapport à sa soeur, éblouissante quoiqu'elle entreprenne), il aura bien du mal à croire à ses propres qualités ; il ne cesse de vouloir faire le lien entre la disparition de sa soeur et l'intérêt des gens pour lui (victime on ne peut plus proche de la disparue), rabaissant toujours son petit moi ; perpétuellement perdu dans ses pensées "à la recherche de la soeur perdue", il en oublie d'agir, de se poser les vraies questions. La résolution - lapidaire en effet et point avare en coups de théâtre - sonnera le glas de son enfance et de cette sorte "d'innocence improductive". Le livre de Sabolo est en effet un brin longuet (un brin de muguet aussi car un poil champêtre), tombe parfois un peu trop dans les redites (j'aurais bien expurgé une cinquantaine de pages sans que cela change quoique ce soit à la perception de cette oeuvre) comme si elle se complaisait dans les éternels tourments de ce jeune homme. Beau portrait de jeune homme en construction, un livre ma foi bien sensible qui aurait gagné à raccourcir quelques jours d'été.   (Shang 24/10/17)