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Très bonne surprise que ce film de Losey (il me déçoit rarement le Joseph, il faut dire) qui nous propose de suivre pendant 100 minutes deux forcenés traçant leur route en Andalousie. A ma droite, le starbé Robert Shaw, bourrin, sanguinaire, qui aime à s'épancher, chemin faisant, sur sa petite vie familiale. A ma gauche, le taiseux et jeune Malcolm McDowell qui se paye un road trip en pleine nature un an avant d'être pris au piège dans Orange mécanique (autant qu'il en profite). On ne sait point ce qu'ils ont fait, dans quel pays ils vivent, mais une chose est clair : ils ont un paquet de monde à leur trousse. En fait, oui et non. Certes, ils devront tenter de passer à travers les mailles du filet tendu par une bonne centaine de militaires qui ratissent la région à leur trousse. Mais l'ennemi principal demeure ce putain d’hélicoptère qui les traque. Un petit jeu (meurtrier) du chat et de la souris se met en place entre nos deux fuyards et les deux occupants de l'hélicoptère et ce duel va représenter le véritable fil rouge (sanguinaire) de cette folle évasion.

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Ces deux hommes-là n'ont rien pour s'entendre (Shaw fort en gueule et rentre dedans, McDowell méfiant et instinctif) et pourtant, nos deux héros vont bien devoir coopérer pour avoir une infime chance de s'en sortir. Il faut d'abord qu'ils coupent les liens qui retiennent leurs main, trouvent de la bouffe puis sachent, le cas échéant, compter sur l'intuition de l'un quand l'autre n'en a point. La route qui s'ouvre devant eux est semée d'embûche (c'est le moins qu'on puisse dire) et ces paysages andaloux offrent un magnifique écrin à ce road movie sauvage. Des anfractuosités du terrain, dans lesquels les deux hommes peuvent trouver refuge, aux montagnes aux neiges éternels (synonymes de liberté) en passant par ces champs immenses ravagés par le feu, le décor est à n'en point le troisième personnage du film. C'est dans cette nature spectaculaire que se joue ce récit intime de survie ; mais à quel jeu joue véritablement nos deux échappés ? Si McDowell veut résolument sortir de cet enfer, Shaw semble plus intéressé par une sorte de reconquête de sa dignité, de sa fierté qui passe par la destruction de cet ennemi du ciel : fuir, pourquoi pas, mais pas avant d'avoir annihilé cet œil volant qui ne lâche pas leurs basques. C'est le combat entre cette machine ailée (et qui fait le malin dans l'hélico tombera de haut) et nos deux hommes enragés qui donnent une tension constante à ce film toujours en mouvement. L'épisode des bombes incendiaires lâchées sur le champ est sûrement le plus impressionnant et le plus symbolique des conditions infernales de nos deux fuyards qui n’ont pas d’autre choix que de continuellement progresser pour ne pas crever - l'interprétation reste ouverte d’ailleurs, ce qui fait tout le charme de cette petite escapade guère touristique. C'est le grand Henri Alekan qui est à l'image (assisté de Peter Suschitzky et Guy Tabary) et l'on se régale devant ce spectacle pur et dur, ce véritable parcours du combattant en milieu naturel et hostile. A lost Losey qu'il faut se faire une joie de redécouvrir.

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