9782844181800,0-522806Ré-écriture d'un livre dont il n'était visiblement pas satisfait (et il n'était pas le seul), Mona l'ange noir de Miller, ce portrait sensible du bon Henry est un objet étrange, ni tout à fait biographie, ni tout à fait essai. Disons que Plazy trouve un subtil milieu entre les rêveries personnelles autour des grands textes milleriens, et des retours fréquents sur la vie tourmentée du bougre. Et ça lui va bien. L'auteur ne cherche absolument pas à rendre compte de la vie entière de Miller, des mille et une anecdotes déjà trouvées chez d'autres : lui opère un beau glissement vers le caractère abstrait de l'écriture de Miller. Fasciné par les Tropiques, par la Crucifixion en Rose et par Le Colosse de Maroussi (on ne saurait lui donner tort), Plazy reste la plupart du temps sur ces textes-là, et s'intéresse plus particulièrement à deux aspects de Miller : le rapport au sexe, à l'amour, c'est-à-dire les relations avec June-Mona et Anaïs Nin ; et la cosmogonie du gars, ses fréquents écarts vers une poésie humaniste, cosmique, parfois complètement allumée et mystique. Voilà qui change des livres qui ne s'intéressent qu'au concret de la vie de Miller, et en font une espèce de poète de la rue ; Plazy comprend parfaitement que Miller est une sorte de sage mystique autant qu'un paillard terrestre, un amoureux des anges autant que des hommes. Et il sait poser sur ces passages ardus dans l'oeuvre millerienne les bons mots, trouvant même parfois un très beau style "à la Miller", en tout cas des pages qui n'auraient pas à rougir au milieu d'un bouquin du maître.

C'est érudit, mais parfaitement lisible. Plazy ne se laisse jamais complètement embarquer par son goût pour l'abstraction, et revient toujours sur Miller et sa vie, surtout dans les années-June. Traitée dans un désordre chronologique maîtrisé, la vie de HM n'est traitée que dans le sens où elle trouve des répercussions dans l'oeuvre. Même quand il parle des oeuvres plus tardives, il n'oublie pas de situer le gars, de rendre sa vision concrète. Il en ressort l'image d'un type certes lyrique et parfois difficile à suivre, mais d'une prodigieuse inspiration, qui a fait de la création (écriture, peinture) le sens de sa vie, et dont les accidents biographiques ont toujours servi de carburant à ses livres. La Crucifixion en Rose, qui a les faveurs de Plazy, est relatée en douloureux chemin de croix émancipateur, et le portrait de June est particulièrement juste et crédible. Voilà un type qui a compris Miller, tout simplement, et qui sait en parler avec style, s'effaçant quand il le faut derrière le grand bonhomme, mais n'oubliant pas d'écrire un bel objet personnel. Bien bien.