47meters

Ah un p'tit film de requins, ça faisait longtemps. Et ça fait longtemps qu'on n'en a pas eu un bon, disons depuis, à vue de nez, Jaws. Eh bien, les amis, tenez-vous bien, car je le dis tout net : en voilà un tout à fait potable, et même très agréable. Bon, bien sûr, c'est pas du Bergman, mais ce Johannes Roberts sait de toute évidence fabriquer du très bon divertissement et vous en donner pour votre argent. Si vous avez envie de regarder gentiment des acteurs se faire croquer par de patibulaires squales, vous pouvez vous replier sur cette série B fauchée, qui sait très bien travailler sur les atmosphères et relancer les situations aux bons moments. Bon, bien sûr, il faut passer la barre du premier quart d'heure, véritable chemin de croix habituel de ce type de production. Éternelle ouverture à la con, avec son lot de gorettes en plein chagrin d'amour qu'on a envie de claquer, pauvret suspense quant à leur décision ou non de tenter l'aventure (descendre sous l'eau dans une cage pour observer les requins), préparatifs sans intérêt. Les réalisateurs de FDR (films de requins) croient qu'il est obligatoire de psychologiser leur chair à canon, et celui-là n'est pas en manque. Les actrices sont parfaitement nulles, la lumière affreuse, les dialogues ras la moquette, le doigt se rapproche de la touche "stop"...

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... jusqu'à ce que les donzelles, plongées donc en eaux poissonneuses, ne subissent l'avarie fatale : le câble qui relie la cage au bateau pète et les voilà qui s'enfoncent dans l'obscurité de l'océan, par 47 mètres de profond, avec quelques minutes d'air disponible, aucun moyen de communiquer avec l'extérieur, et une horde de requins peu amènes qui rôdent dans les coins. A partir de là, le film devient vraiment fun, en partie grâce à une idée toute simple : filmer les profondeurs, ce "grand inconnu", comme une masse sombre, remplie, on l'imagine, de dangers affreux ; et rester sous l'eau, toujours. Roberts ressuscite ainsi les peurs enfantines, remet à la mode le thème "ce qu'on ne voit pas est plus effrayant que ce qu'on voit", et écrit un scénario au petit poil, où les dangers s'enchâssent les uns dans les autres : pour avoir de l'aide, il faut sortir de la cage et arriver au niveau où la radio capte la surface, mais ce faisant on se perd, il faut donc sortir pour aller récupérer sa copine, et ce faisant on se blesse, d'où attraction de requins, d'où retour à la cage, d'où... Le film nous laisse à peine respirer, oublie de plus en plus les dialogues inutiles, pour arriver peu à peu à l'os : comment franchir ces 47 misérables mètres sans se faire grignoter une jambe ? La variété des situations terribles impressionne, et le petit claustrophobe de base devrait en avoir pour son argent. Roberts plonge avec un sadisme évident ses deux héroïnes dans toujours plus d'épreuves impossibles, tout en restant très simple dans l'exécution. Manque de moyens peut-être, mais compensé par un vrai regard et un vrai sens du suspense. Quand les requins attaquent (ce qui arrive rarement), c'est brusquement, terriblement, et on flippe bien sa mère. Bref, un bon petit scary movie à l'ancienne, modeste et efficace, qui devrait vous dégoûter à tout jamais de faire de la plongée.

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