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Rhaaaaa le bon temps des grands films français, où on savait jouer, nom de Dieu, c'était pas comme maintenant, avec ces acteurs minables, là. Avant on savait raconter des histoires, sapristi, on s'embêtait pas avec "oulala, où est-ce que je vais mettre ma caméra ?", on savait écrire des scénarios et des dialo... bon, non, on est d'accord, Knock c'est pas terrible. Pour saluer le retour de Patrick Brion (qui zozotte cette année, c'est la nouveauté) le dimanche soir à 0:15, j'ai voulu regarder sa 376ème programmation de ce film, adapté de la pièce de Jules Romain qui m'avait bien fait rigoler à 8 ans. Eh bien ma foi, c'est laborieux. Le truc est entièrement basé sur les dialogues, certes finauds (en tout cas dans la première partie), et laisse tout le reste partir à vau-l'eau. Quand il s'agit des acteurs, ça va, il a trouvé assez de grands bonshommes pour ne pas avoir à leur demander quoi que ce soit. D'abord Louis Jouvet, of course, vraiment le maître de l'ambiguité quand il s'agit de donner 16 sens différents à une réplique : bien aimé par exemple sa première scène, une lente traversée de la campagne à bord d'un tacot où il a pris place avec l'ancien docteur et sa femme. Un festival de bons mots et de double-sens dans lequel l'acteur est comme un poisson dans l'eau, sa diction saccadée lui permettant d'être à la fois sec comme un punk et tout en rondeurs. On y voit donc deux postures de la médecine rurale s'y affronter : d'un côté, la vieille école, celle qui écoute les soit-disant malades mais ne fait rien ; et celle qui considère que "tout homme en bonne santé est un malade qui s'ignore" et qui promet de mettre tout le monde au lit. La balance penche bien entendu vers le deuxième, puisque c'est Jouvet qui l'incarne et qu'il sait trouver les mots pour rendre sa méthode, a priori douteuse (le gars n'a pas fait d'études de médecine), brillante et cynique comme un bon vieux Molière. Jouvet a du répondant niveau seconds rôles, on est amusé.

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Ensuite, c'est du théâtre platement filmé, avec ce qu'il faut d'acteurs à tronche (ma préférence au tambour de la ville, Yves Deniaud, dans une scène vraiment fendarde) : la vieille bourgeoise qui vient plus pour parler que par besoin et qui ressort avec une maladie incurable, la brave paysanne concon qui a pas vraiment mal et qui se retrouve avec des soins à vie, notre jeune Jean Carmet qui fait sa visite bourré pour se foutre de la gueule de Knock et ressort au service du dit... On commence à s'impatienter un peu devant ces scènes sur-écrites, rendues avec des champs-contre-champs antiques, et on se dit que Jules Romain a peut-être écrit une pièce pour la radio, mais qu'il n'y a pas grand-chose à chercher de sympa à jouer là-dedans, mis à part le personnage principal. Lefranc a beau tenter des travellings fastidieux et des scènes en extérieur inutiles, le film s'enfonce irrémédiablement dans le bavardage. Dans la dernière partie, où se laisse voir le vrai projet de la pièce (le fantasme de Knock : mettre toute la ville au lit, et encaisser du pognon, devenir une sorte de dictateur du stéthoscope, et critiquer violemment par ce biais la médecine et ses imposteurs), ça devient carrément longuet, ça n'en finit plus de finir. Même Jouvet semble s'ennuyer devant ce retournement de caractère, et si on s'accroche, c'est bien pour ce médecin ridiculisé dans la première scène, et qui devient ici troublant, émouvant (et si c'est lui qui avait raison ?). Lefranc a par la suite réalisé un bon paquet de navets, et on peut considérer que Knock est son meilleur film, mais c'est bien pour être gentil, et parce qu'on aime Patrick Brion.

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