9782818013915,0-4348882Petite déception pour ce livre annoncé partout comme le renouveau de l'absurde à la Chevillard. Du maître cité, Baqué possède certes un univers unique, étrange et farfelu, le goût pour les animaux les plus bizarres, un sens indéniable de la formule... mais malheureusement il ne parvient pas à transformer son histoire en quelque chose de grand, à faire de son humour quelque chose d'autre qu'un amusant scénario. Dommage, car son personnage avait de la place pour devenir puissant : un charcutier toulonnais à la retraite, veuf et éteint, tombe par hasard dans un vide-grenier sur un manchot empereur empaillé. Il est mystérieusement attiré par cette bête, l'achète, l'installe chez lui, et va devenir véritablement obsédé par l'animal. Ce sont d'abord des recherches fébriles en bibliothèque, puis peu à peu des envies d'ailleurs, d'aller voir au Pôle la bête in vivo. A partir du moment où son avion décolle pour Ushuaïa démarre une aventure étrange, mêlant le péril écologique, la sexualité animalière, la recherche du profit et les gâteaux soviétiques pleins de drogue (...), qui va peu à peu transformer notre homme sans caractère en mythe.

On aime particulièrement la première partie, cette découverte de la passion chez ce boucher sans envergure. On y lit, sous travers d'humour, une vie éteinte qui redémarre, une profonde connivence entre ce petit mec et le manchot, qui se retrouvent dans leur maladresse, leur inadaptation au monde. Baqué écrit très bien sur la banalité, sur ces vies sans flamme et sans passion, et rend son protagoniste à la fois crédible et attachant. Quelques phrases effectivement chevillardiennes font mouche, on sourit gentiment devant la modestie du propos, devant cette façon de s'emparer des minuscules choses de l'existence et d'en extirper le suc comique ou pathétique. Ensuite, c'est moins bien : l'aventure polaire de Louis est certes chargée en événements surprenants, mais Baqué ne semble pas taillé pour les extrêmes, et nous perd un peu dans ses facéties. On fatigue devant les numéros de jonglage de ce styliste qui se transforme trop souvent en faiseur un peu creux, en virtuose pour l'esbroufe, et on ne croit guère à cette histoire de gusse qui devient dieu de l'écologie par hasard (et sans qu'on ait vu d'ailleurs pourquoi il l'est devenu). Ça se lit gentiment, avec même un certaine bienveillance eu égard à la poésie du mec, mais ça s'oublie aussi vite. Beaucoup de bruit pour rien.