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Voilà un petit film que l'on nous avait conseillé depuis quelque temps : rentrée oblige, il faut remettre les pendules à l'heure. Bien douce et gentille chose (au bon sens du terme) que ce Maestro qui raconte le tournage du dernier film de Rohmer, pardon de Cédric Rover, Les Amours d'Astrée et de Céladon. Rohmer est incarné par le double centenaire Michael Lonsdale (digne et un peu poussiéreux mais avec toujours un petit éclat de passion dans les yeux) ; autour de lui un jeune premier à la ramasse (Jocelyn Quivrin, co-scénariste de ce film, raconte sa propre histoire - il est mort juste quelques mois avant Rohmer...), un certain Henri (Pio Marmaï, aïe aïe aïe) et des jeunes actrices en fleurs telle que Déborah François as Gloria (à la fois petite peste frigide et pleine de grâce... Toutes les Déborah ont un truc en plus). Gloria et Henri sont comme chien et chat même s'ils ne cessent de se tourner autour... En attendant que leur complicité se noue, une autre se crée entre ce Henri culturellement mal dégrossi et le littéraire Rohmer, éternel fan de la jeunesse et de la fraîcheur.

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En ces pages on aime les tournages de film et l'œuvre de Fazer, avouons-le, tient assez bien son rang. On retrouve le côté naturel et léger du dernier film de Rohmer (tout petit budget, trois techniciens mais un Dieu vivant (parfois dormant) aux manettes - il a gardé l'oeil et le sens de la "non-précipitation") et l’on assiste avec plaisir aux répétitions (le plus souvent simple lecture du maestro) et au tournage de multiples scènes - quand la diction va tout va, seul un nuage ou un tracteur peuvent véritablement interrompre la luminosité ou le calme d'une scène (on ne va pas gaspiller de la péloche, de la vraie, de la qui coûte cher). Fazer n'essaie point de trop en faire et retrouve la spontanéité qui faisait le sel de l'œuvre originale. Et puis il y a bien sûr, autour du tournage, toutes les petites intrigues qui se nouent (ou pas), les dragouillages comme les véritables histoires de cœur : ces flirts plus ou moins poussés sont en parfaite adéquation avec l'intrigue du roman d'Honoré d'Urfé. Le plus touchant, dans le récit, reste sans doute le petit côté espiègle et tendre du gars Rover/Rohmer dont la bienveillance, l'intellectualisme plein d'humilité et l'aura d'amoureux de la beauté au cinéma finissent par rejaillir sur ses comédiens et ses techniciens. Il initie ce jeune chien fou d'Henri à la poésie, donne une petite touche d'érotisme bienvenue à la charmante et coincée Déborah et fait passer en un clignement d'oeil et un haussement d'épaule toutes les difficultés inhérentes à ce genre de tournage franchement fauché et en pleine cambrousse. Si le film en lui-même n'arrive pas au genou d'un Rohmer (construction un peu lâche, Pio Marmaï trop démonstratif, saynètes un peu répétitives), il possède un certain suc drolatique et une vraie légèreté sentimentale - il n'a donc point trop à rougir en tant que petit hommage à l'un des derniers mastodontes de la Nouvelle Vague.  (Shang - 05/09/17)

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Je n'avais pas eu pour l"instant l'heur de regarder ce film où il est pourtant question d'un de nos plus précieux réalisateurs, et qui plus est d'un de ses films les plus hallucinants. Séance de rattrapage donc, et j'en pense la même chose que mon éminent confrère : c'est frais, délicieux et rempli de défauts. Totale adoration pour ma part devant Lonsdale, qui interprète Rohmer tel qu'on imagine qu'il devait être : savant, érudit, sérieux, mais doté d'une fantaisie, d'un charme, d'un sens de l'humour et d'une passion pour ses acteurs qui ne se démentaient jamais. Là, franchement, il fait 90% du plaisir du film : il faut le voir demander à une actrice un peu cabotine de dire le texte sans intonation, traiter un accident de plateau (la corne en carton d'une licorne qui tombe en plein plan) comme un détail sans importance, s'accrocher à la moindre virgule mais laisser couler sur la couleur d'un costume, afficher un air benoîtement satisfait en fin de prise et finir par danser le rock'n roll lors de la fête de fin de tournage. Lonsdale rend toute la beauté du personnage de Rohmer, et surtout parvient à nous faire comprendre un peu mieux ces incroyables audaces à peine ressenties par le bougre lui-même : livrer une adaptation la plus fidèle possible de L'Astrée au XXIème siècle, voilà qui n'annonce pas un succès fracassant. Pourtant le compère y va, inconscient et confiant, comme il le fit jadis avec Perceval, et il réussit à imposer sa vision, éminemment personnelle. Il parvient aussi à l'imposer par la douceur, la patience, à sa bande de petits jeunes plus fans de Belmondo et de Bruce Willis que de la prosodie du XVIIème siècle, et c'est l'autre jolie chose du film : le rapport de Rohmer aux jeunes, sa façon de faire partager son sens de la beauté. On se marre bien à voir la tronche d'ahuri de ces acteurs de 25 ans devant les envolées poétiques du maître. Il est bien dommage, oui oui, que le casting jeune soit si mauvais : Pio Marmaï et Déborah François sont nuls, grimaçants, se trompant de film avec leurs gros gags épais et leurs mimiques à la De Funès. On se cogne un peu de leurs amourettes et de leurs atermoiements, préférant les belles scènes de tournage, qui restituent le beau soleil des Amours d'Astrée et de Céladon, la douce quiétude de bonze de Rohmer, qui n'a plus grand-chose à prouver, l'effervescence de sa minuscule équipe, et le bonheur d'être simplement là, ensemble, à fabriquer de la beauté. Un hommage attachant au bon Eric.   (Gols - 18/11/21)

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Tous les chemins mènent à Rohmer