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Je sais bien qu'il est de bon ton de mépriser dans un ricanement le cinéma naïf et adolescent de Sofia Coppola, mais que voulez-vous, moi j'ai bien accroché à ces Proies, oeuvre d'un bel esthétisme et d'une intelligence discrète qui renoue avec ses grands films (Virgin Suicides ou Somewhere). La belle choisit ici un écrin classique et littéraire : dès le premier plan, nous voilà plongé dans un conte pour enfants ; une petite fille qui ramasse des champignons dans une forêt trop propre pour être honnête, un ogre blessé au pied d'un arbre, et voilà le loup entrant dans la bergerie, puisque l'enfant va conduire cet homme dans une pension pour jeunes filles. Le gars (Colin Farrell) est un blessé de la guerre de Sécession, qu'on devine de loin grâce aux bruits sourds des bombardements et aux colonnes de fumée qui apparaissent dans le ciel. Mais l'action se concentre sur la place qu'il va prendre au sein de la communauté de femmes. Quatre générations de femmes y sont représentées, des enfants à la dame vieillissante (Kidman) en passant par l'ado en pleine crise d'émancipation (Fanning) et la femme toute coincée rêvant d'ailleurs (Dunst). Quatre regards donc posés sur cette présence masculine, mais que des regards sexués, depuis la recherche d'un père dominateur et légèrement pervers au représentant d'un retour de flamme, de l'amant initiateur au vecteur d'évasion fantasmatique. Coppola assume l'érotisme de son film, même si aucune scène ne lui donne sa place : tout est sexe dans la présence de cet homme, tout est sexe dans les comportements de chacun... parce que tout est sexe dans la vie, et qu'il est sain de le dire.

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Dans ce jeu de plus en plus ambigu et de plus en plus pervers, la belle file la métaphore du conte : une pièce interdite où repose le Mâle dominant, et où bien sûr toutes les donzelles pénètrent en prenant des mines ; une maîtresse de maison qui passe de protectrice à sorcière ambiguë ; un prince charmant qui se transforme en loup-garou... Évitant ainsi soigneusement le réalisme, y compris dans le jeu des actrices, elle réalise une belle métaphore sur le désir féminin, inversant un peu la lecture du premier film (le truc est un remake de Don Siegel) qui adoptait le regard masculin. Du moins, c'est ce qu'on imagine au cours du film, jusqu'à ce qu'un plan final absolument génial nous fasse douter de ce qu'on vient de voir : en enfermant ses femmes derrière une grille, rassemblées en un groupe compact, on ne sait si Coppola a voulu les montrer en tant de communauté soudée ou en tant qu'animaux de zoo. La mise en scène avance ainsi en quelques idées discrètes mais intéressantes, qui opacifie un film très simple en surface. C'est peut-être ça, en fin de compte, le style Coppola : filmer des choses simples de façon complexe. Ici, ça fonctionne très bien, et comme en plus elle a à son service des bons techniciens, on termine ce film certes un chouille ennuyeux parfois, certes imparfait, avec satisfaction. A noter : évitez de voir ça dans une salle entourée de panneaux "Sortie de secours" qui clignotent comme une guirlande de Noël : vous y perdrez les 3/4 du film, très sombre. Maudites soient ces grosses salles de m***.

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