9782070197385,0-4134546Quand aucun livre ne trouve grâce à vos yeux, quand vous traversez une période de sécheresse lecturative (je viens de me taper la rentrée littéraire Actes Sud, une des pires de ce siècle), un bon conseil : saisissez L'Homme qui s'envola. Vous y trouverez un excellent moyen de revenir doucement à la littérature. Bon, très doucement hein. Le livre est léger comme une bulle, il éclate sitôt fermé, il est écrit au plus rapide, pas passionnant au niveau du style ni de l'ambition, on n'est pas du tout dans la catégorie poids-lourds. Mais Bello compense en imagination et en précision ce qu'il paume en caractère, et son roman se lit avec bonheur, au bord de la piscine, un mojito à portée de main. C'est son postulat de départ qui est le plus touchant : un homme qui a tout pour lui, femme belle, enfants mignons, job valorisant, porte-feuille rempli, et pourtant il rêve de disparaître. Il va donc organiser sa propre mort, sous la forme d'un crash d'avion maquillé à la perfection en accident. Mais un détective redoutable d'efficacité se met sur sa piste. Dès lors, un jeu haletant de chat et souris se met en place, chacun des deux se montrant plus rusé que l'autre, le disparu tentant de jouer avec le hasard et l'aléatoire pour tromper son ennemi, ce dernier maniaque du détail et de l'extrapolation pour retrouver sa proie. Mais qui est le traqué et qui le traqueur ? hein ? qui ? Je vous laisse prendre une gorgée de mojito pour réfléchir à cette question cruciale.

Bello mène un suspense sympathique sur cette trame, fait monter la pression, et nous met sans problème dans la peau de son personnage principal. On suppute avec lui les décisions du détective, on vibre avec lui devant les dangers et les pièges, on rigole avec lui des moments où il déjoue la traque. L'auteur alterne les points de vue, passant de celui de l'homme d'affaires au détective, puis à l'épouse abandonnée, et on passe d'une émotion à l'autre avec facilité. Certes, Bello n'arrive pas à éviter les longueurs, les répétitions (à quoi sert de raconter deux fois la même aventure vue par deux protagonistes différents ?), et peine à fabriquer un roman qui soit plus qu'un solide thriller de plage. Mais il réussit un beau portrait d'homme tourmenté et quelques très belles scènes, notamment cette fin apaisée assez surprenante. Il mène habilement son récit, transformant peu à peu un roman intime en suspense, et jouant sur nos nerfs avec adresse. Après ça, on peut revenir aux choses sérieuses, reprendre un mojito et se réconcilier avec les livres.