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Ray importe son goût pour la fine psychologie dans l'univers souvent binaire du western, et le mélange est parfait. Ce film, même de facture assez classique, est un trésor de subtilité et de personnages. Tous, jusqu'au dernier des malfrats, ont leur raisons d'agir, leurs fêlures, leurs fragilités. Si bien qu'on se dit que Ray tente le "western subtil", insufflant dans le genre sa fameuse mesure moderne. On y perd certes un peu en action virile : toutes les scènes violentes sont désamorcées par le fait que les méchants sont en fait de braves types ayant cédé un instant aux sirènes de la cupidité. On pend un homme sans procès ? bah, pardon vieux, on le fera plus, on est des chiens fous, ça se reproduira plus. On trahit son meilleur pote ? désolé, mon gars, je suis jeune et fragile, maintenant t'es mon pote. On manque de te lyncher et on laisse ton pote sur le tapis à cause d'une erreur de jugement ? Ouais, on a mal regardé, maintenant c'est fini, et hop on te nomme shérif. On est amusé par le côté "tous gentils" du film, et assez touché que Ray retrouve son côté humaniste et complexifie un peu les personnages schématiques habituels.

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Le principe de base, en lui-même, est déjà fortement original. Un vieux briscard (James Cagney, pas mal) rencontre un jeune loup (John Derek, fade) et ils sont aussitôt accusés à tort d'un braquage de train. Pour se faire pardonner sa méprise, la ville nomme le gars shérif et son jeune élève adjoint. Mais dans ce monde de lynchage sans quartier, où on pend sans vergogne le moindre voleur de sucre d'orge, difficile de faire sainement la justice : notre duo l'apprendra à l'arrache, non sans en passer par des sentiments troubles de paternité refoulée et de trahison du père. En plus de l'aspect politique (fabriquer une démocratie au sein de la sauvagerie de l'Ouest), Ray développe une belle variation autour du complexe d'Oedipe, on ne change pas un cinéaste qui psychologise. Il trousse en tout cas un joli film presque dénué de suspense ou d'événements, les seuls un peu tendus se résolvant tout aussi vite qu'ils sont arrivés. Seule la toute fin, qui voit le duel au sommet entre les deux copains de naguère (jolie idée que d'avoir fait de la jambe cassée du jeune cow-boy le symbole de sa monstruosité cachée), surprenante et assez brutale, nous en donnera pour notre argent niveau fusillades et gueules serrées. Sinon, tout n'est que luxe, calme et volupté dans ce petit film original, personnel et fuyant les modèles du genre comme la peste. Nombre de scènes croquignolettes (notamment grâce au jeu tout mignon de Viveca Lindfors) apaisent cette sombre histoire de trahison, et on ressort du machin tout content.

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