Dominique-Bona-Colette-et-les-siennesL'excellente Dominique Bona se penche sur le destin de quatre femmes - deux écrivaines (Colette et Annie de Pène), une comédienne (Marguerite Moreno) et une actrice (Musidora) - dans le Paris des années 10 et des années 20 ; nos quatre amies se retrouvent dans la maison de Colette pendant la guerre alors que leurs hommes sont au combat. Des affinités électives se créent entre ces femmes libres et libérées... Force est de reconnaître à Bona la volonté d'enquêter sérieusement sur son sujet, sur ses sujets, et sa capacité à donner moult renseignements sur les réussites (artistiques) et les tourments (sentimentaux) des unes et des autres. Elle s'acquitte très sagement de son devoir et l'on apprend notamment divers détails fort intéressants sur la carrière cinématographique de la mystérieuse et féline Musidora (je vais d'ailleurs tenter de me pencher sur sa filmo pour exhumer certaines œuvres moins connues de la belle). Bona n'est jamais avare en citations (extraits de romans ou de lettres) et en références pêchues (rien ne nous échappe sur les penchants lesbiens ou hétéros de nos quatre héroïnes parfois bien coquines). Bien. Seulement, l'ensemble manque un peu de souffle, d'allant et j'ai bien dû m'y reprendre en 412 fois pour achever la chose. Certes, Bona tente de nous retracer fidèlement ce que fut cette époque et les succès de ces femmes, chacune en leur genre. On a malheureusement parfois plus l'impression de lire un mémoire de maîtrise très maîtrisé qu'une biographie finement romancée. Du coup, même si on finit par s'attacher aux destins de ses quatre femmes uniques, la lecture est souvent un peu laborieuse - Bona ne peut s'empêcher notamment de tenter la mini-biographie d'un personnage dès qu’il est nouvellement présenté et cela coupe méchamment le rythme de l'ensemble. Tout admirateur de Colette (ce que je ne suis pas forcément...) y trouvera, ceci dit, du grain à moudre (le "scandale" de Chéri, ou quand la fiction influence la vie...) et les amoureux de Musidora auront forcément envie de se plonger plus en avant dans la carrière en dents de scie de la femme en collant noir et aux yeux de braise. C'est toujours ça de pris.