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Un premier film français qui a toutes les caractéristiques d'un premier film français, qualités et défauts. Voilà ce qu'on va regarder avec Terre battue, un film on ne peut plus sincère et intelligent, mais qui pêche par les éternels défauts du pays : très peu de cinéma là-dedans, un gros manque de moyens qui se voit à l'écran, une direction d'acteurs mal maîtrisée. C'est les frères Dardenne qui ont co-produit la chose, et peut-être encore trop enfermé dans l'admiration de ses modèles, Demoustier peine à trouver son style propre, filmant un scénario parfois un peu lourd à l'arrache, tantôt caméra à l'épaule (comme les brothers : la première scène), tantôt dans des plans américains très sages, et fabrique un film sans vrai style. C'est bien dommage, car au niveau des thématiques, son truc marque des points : il s'agit de questionner notre bonne vieille société contemporaine, tout simplement, à travers les relations entre un fils et son père. Le gamin rêve de devenir tennisman professionnel, et navigue de match en match, gravissant peu à peu les échelons de la réussite. Il aurait bien besoin d'un regard masculin et d'un encouragement paternel sur sa carrière, mais son père est empêtré dans des histoires professionnelles (il a perdu son taff, et ses efforts pour rebondir peinent à porter leurs fruits) et personnelles (sa femme, petite bourgeoise bien comme il faut, le quitte). Ces deux destins avancent de front, dessinant une spirale du succès à tout prix et de la lose-attitude qui aboutiront, on s'en doute, au drame.

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Belle idée que de frotter le monde de l'entreprise à celui du sport. Père et fils sont habités de la même ambition, et le film opère un habile va-et-vient entre les deux personnages, faisant monter leurs espoirs et leurs désillusions dans un même mouvement. Mieux, il remplace progressivement l'un par l'autre : le père, abandonné par sa femme, se transforme en gamin (la scène où, bourré, il pousse son fils à peindre des bites sur la façade de la médiathèque) : le fils prend en charge sa vie, fait l'apprentissage de la compétition en adulte. Dommage que pour filmer ses subtils rapports, Demoustier peine à trouver une forme originale. Son film, la plupart du temps en gros plans caméra à l'épaule, ce qui évite le choix véritable de cadrage, est visuellement assez fade, assez anonyme. Certaines scènes sont un peu lourdes dans les dialogues, et pour cette fois Olivier Gourmet est assez mal à l'aise avec le personnage. Visiblement pas dirigé, il a une curieuse tendance à réciter un texte trop écrit, trop démonstratif, qu'il a du mal à "mettre en bouche". Face à lui, Valéria Bruni-Tedeschi n'a rien à jouer, et commence à fatiguer avec ses rôles de quadragénaire dépressive ; et le petit gars qui fait le fils manque d'expression. Pas désagréable, certes, et même plutôt fin dans son discours et son observation d'une cellule familiale qui se fissure en parallèle avec les contingences sociales, mais il manque là-dessus un regard, un style, un peu de cinéma...

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