Sans titrePopopo. Voilà longtemps, bien trop longtemps, que je ne m'étais pas fait un petit Fante, et je suis sur le cul, comme quand on vient de retrouver un vieil ami et qu'on s'aperçoit que rien n'a changé. John Fante, c'est de l'écriture comme on n'en fait plus, une école de la sobriété et de la subtilité, une manière en dentelle de décrire les plus grandes peines, la plus grande misère, les plus grands chagrins, avec la politesse de l'humour. Le Vin de la Jeunesse rassemble une trentaine de nouvelles ayant toutes en commun les souvenirs d'enfance, une enfance modeste placée sous le signe des fins de mois ardues et des fringues pas nettes : Fante y raconte son passé d'immigré italien, et notamment ses rapports avec un père illettré, d'une mauvaise foi totale, macho par habitude, faible et brutal. Il y raconte aussi, c'est l'autre thème, sa vision de la religion, à travers son éducation chez les soeurs : la religion, par le prisme de l'inculturte de ses parents et de la bêtise des prêtres, se fait dans la superstition et l'obéissance aveugle aux préceptes. Ces deux pôles, le père et Dieu, constituent la sève des aventures d'un petit môme, contraint de biaiser plus souvent qu'à son tour avec sa conscience pour obtenir une part de tarte ou une balle de base-ball. Toutes ces nouvelles sont empreintes d'un humour absolument irrésistible, et toutes sont émouvantes à mort : c'est sûrement dans les portraits "en creux" de son paternel que Fante est le plus bouleversant ; il est empli d'une haine féroce envers lui (son éducation se conclura d'ailleurs par une bagarre mémorable avec celui-ci), mais aussi complètement dans la compréhension de ce caractère. C'est ça, Le Vin de la Jeunesse, un livre complètement imprégné d'amour du genre humain, qu'il soit complètement con ou simplement pathétique. Le gars ne s'épargne pas lui-même, brossant de lui le portrait tout en nuances d'un gosse bagarreur, voleur et vantard, mais aussi profondément attachant. Mais c'est surtout le style qui force le respect : Fante sait toujours écrire dans la mesure, jauger ses effets, sans trop en faire, avec juste le petit mot qu'il faut pour mettre à jour une émotion. Ses nouvelles, merveilleusement construites, sont des petits bijoux de concision, qui ne débordent jamais, savent toujours être au plus près de la vie, être le plus juste possible. A l'instar d'un Hemingway, il sait économiser les mots, décrire les choses par un simple dialogue minimaliste ou une petite phrase simplissime. Le livre est un miracle d'équilibre et d'intelligence, de tristesse et de bonheur. Un classique définitif de la littérature sur l'enfance.